Quand on vous dit qu'il vaut mieux ne pas revoir les vieux films de Tim Burton… À commencer par les cultissimes Batman et Batman – Le défi. Déjà, intrinsèquement, les deux aventures de l'homme chauve-souris version Burton sont particulièrement faibles sur le plan du scénario, de la réalisation et du montage. Mais lorsqu'on les compare à Batman – Le commencement et Le chevalier noir (en français de France : Batman Begins et The Dark Knight) de Christopher Nolan, le fossé se creuse irrémédiablement.
Si le premier opus de Nolan s'avère très intéressant mais pas totalement réussi, sa suite amène son lot d'améliorations. Célébré comme un chef d'œuvre absolu par la critique, Le chevalier noir s'avère tout de même surestimé. La faute à un personnage de Bruce Wayne-Batman très en retrait par rapport à l'épisode précédent. Et puis Katie Holmes ayant été privée d'épisode 2 (pour avoir davantage fait la promotion de La guerre des mondes avec son Tom Cruise de fiancé plutôt que la promo de Batman Begins), sa remplaçante Maggie Gyllenhaal s'avère aussi charismatique qu'une asperge blette. De fait, lorsque Batman doit choisir entre sauver le procureur Harvey Dent ou sa bien-aimée, le dilemme tombe à plat.
Cela dit, il faut rendre justice au film : c'est de très loin le meilleur Batman jamais réalisé. Les plus grandes réussites tiennent dans la caractérisation des deux grands méchants : le Joker (Heath Ledger) et Double-Face (Aaron Eckhart), à des années-lumière des cabotinants Jack Nicholson (Batman) et Tommy Lee Jones (Batman Forever).
Heath Ledger n'a pas démérité de son Oscar posthume. Dans Le chevalier noir (2008), il campe un Joker proprement fascinant. Il est vrai que les deux scénaristes ont su conférer au personnage une profondeur qui fait date. Après le fou rigolard des BD classiques, le prince du crime timbré du film de Tim Burton, puis le génie du mal des comics de Frank Miller, le Joker du film de Christopher Nolan incarne désormais le terroriste ultime, celui qui agit sans obéir à la moindre idéologie.
D'aucuns relèveront ici une contrevérité. En effet, dans l'inconscient collectif, un terroriste agit nécessairement dans le but d'imposer un nouveau pouvoir temporel ou spirituel.
Mais est-ce vraiment nécessaire ?
Il y a autant de définitions du terrorisme que de personnes intéressées par le concept. Il n'est donc guère surprenant que les législations nationales diffèrent sur ce point.
Par exemple, la loi française refuse de prendre en considération cette dimension politique, religieuse ou idéologique. L'article 421-1 du Code pénal français définit l'acte de terrorisme comme un infraction « en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur.
Soit dit en passant, cela n'empêche pas les procureurs et les juges d'instruction de l'Hexagone d'étendre abusivement à des affaires de droit commun des outils de procédure criminelle propres au terrorisme.
En principe, en droit criminel français, la motivation d'une infraction n'en est pas un élément constitutif. Cette règle connaît des exceptions, dont plusieurs parfaitement regrettables commises au nom du politiquement correct ou du syndrome «Tout le monde sait bien que ».
C'est une similaire erreur de stratégie juridique qui a conduit divers gouvernements à définir le terrorisme en fonction des motivations politiques ou religieuses de l'auteur de l'infraction. Ainsi, l'article 83.01, alinéa (1) (b) (i) du Code criminel canadien définit l'activité terroriste comme un acte – action ou omission – commis à la fois :
- « (A) au nom – exclusivement ou non – d'un but, d'un objectif ou d'une cause de nature politique, religieuse ou idéologique,
- « (B) en vue – exclusivement ou non – d'intimider tout ou partie de la population quant à sa sécurité (...) »
Cette
nécessaire idéologie motivant l'auteur est d'autant plus étonnante
que l'article 83.01, alinéa (1) (a)
du
même Code définit
alternativement l'activité terroriste aux termes de différentes
conventions internationales qui ne prennent pas
en considération la motivation idéologique du terroriste mais qui
renvoient aux législations nationales pour la définition des
infractions à caractère terroriste...
Par ailleurs, comment peut-on diligenter une enquête sur une activité terroriste lorsque celle-ci n'a pas été revendiquée et qu'aucune idéologie ne peut être identifiée de prime abord ?
Derrière ce cumul obligatoire des deux conditions (A) et (B) se cache, à mon sens, un manque de vision du législateur. Et il apparaît de façon évidente lorsque l'on considère l'exemple du Joker dans Le chevalier noir. Si ce personnage se retrouvait devant une cour de justice au Canada pour répondre de ses crimes, serait-il condamné pour terrorisme ? Autrement dit, encourrait-il une peine plus sévère ?
Certains rétorqueront : Non, parce qu'il est complètement siphonné et qu'il sera donc reconnu irresponsable pénalement. Personnellement, je ne jouerais pas l'enjeu d'un procès à pile ou face, en pariant sur une expertise psychiatrique. Par ailleurs, un terroriste salafiste qui précipite un avion de ligne sur un gratte-ciel pour affirmer la primauté de sa religion et en croyant que 70 vierges l'attendent au paradis, celui-là mérite, à mon avis, d'être passé au crible du DSM-IV.
Mettons donc de côté cet aspect fort incertain de l'irresponsabilité pénale. Et demandons-nous si les actes du Joker sont des actes terroristes ou de droit commun ?
Si l'on s'en tient au texte de la loi criminelle canadienne, c'est cette dernière option qui s'impose. Le Joker est donc, tout au plus, un assassin de masse. Et il faudrait une jurisprudence sacrément tarabiscotée pour venir dire le contraire. Car un procureur pourra toujours clamer haut et fort en cour que le Joker obéit à la religion du Chaos ou à l'idéologie de la non-idéologie. Mais lorsqu'il va devoir en apporter la preuve, bon courage...
À l'inverse, selon que le procureur aura eu ou non l'intelligence, l'opportunité ou… le temps de pousser ses investigations pour établir les motivations du meurtrier, selon les cas donc, ces meurtres seront considérés comme plus ou moins graves.
Cette position est rien moins qu'intenable. Ici, des actes homicides graves seront réprimés différemment selon que le tueur aura agi :
au nom de Dieu
au nom du Roi
pour l'honneur
par désœuvrement
pour voir ce que ça fait
ou sans aucune raison.
Un meurtre est un meurtre, quelles que soient ses motivations.
Cela signifie-t-il qu'un meurtre terroriste est un meurtre comme les autres ? La réponse est non. Tout d'abord parce qu'un meurtre terroriste est aggravé par certaines circonstances de fait : la préméditation, l'existence d'un complot,... Ensuite, l'acte terroriste en général est intrinsèquement plus grave parce qu'il inspire la terreur à toute une population.
Le meurtre d'un enfant par son père peut vous révolter. Mais il ne vous effraiera pas, car il ne vous concerne pas. En revanche, une bombe qui explose dans un centre commercial, même si elle ne fait pas de victimes, même si elle n'est justifiée par aucune idéologie, vous tourmentera car vous penserez pouvoir être victime d'une réplique d'un tel acte.
Le
terrorisme met en péril la sûreté individuelle (à savoir le droit
de vivre sans craindre d'être victime d'une atteinte à sa vie ou à
son intégrité) des membres d'une population déterminée. Un
meurtre terroriste est donc un meurtre objectivement plus grave.
Bref, un acte terroriste n'est pas nécessairement inspiré, mais il inspire nécessairement la terreur.
Dans ces conditions, pas de doute possible : dans Le chevalier noir, le Joker est un terroriste. Et l'alinéa (1) (b) (i) (A) de l'article 83.01 du Code criminel canadien est à biffer d'un trait de plume législative.
Sur
le papier, Guitar Hero a tout du pauv' jeu pour Amstrad ou
Commodore 64, émulé sous PlayStation ou autre Wii. Quoi de plus
basique en effet que de jouer grossièrement une partition de guitare en
appuyant sur un maximum de 5 touches correspondant à autant de notes de musique
qui défilent à l'écran ?
Certes,
les 5 touches sont placées sur le manche d'une simili-guitare. Mais bon, il n'y
a quand même pas de quoi se relever la nuit. Enfin... En théorie seulement, car
dès qu'on a commencé à jouer à Guitar Hero, il y a franchement de quoi
se relever la nuit, au sens propre.
Quoi de plus excitant en effet que d'avoir l'impression de jouer de la guitare électrique sur des morceaux de rock qui déchirent ? Il ne vous manque plus que la petite casquette, les culottes courtes, le blazer d'écolier anglais et vous êtes Angus Young dégainant son riff sur Highway to Hell...
On
comprendra donc aisément que j'ai envisagé un moment d'acheter une console de
jeux pour profiter de Guitar Hero. Mais des considérations bassement
budgétaires m'ont rapidement dissuadé de passer le pas. Il suffit d'aligner les
chiffres :
la simili-guitare : 80 $
un jeu de la série Guitar Hero : 70 $
--------------------------------------------------------
GLING ! 450 $
Une solution alternative aurait consisté à me tourner vers la version PC de Guitar Hero. Mais cela n'enlevait guère que le prix de la console. Avais-je envie de sortir 150 $ pour me faire un petit plaisir. Je dis bien « petit » plaisir. Explication.
1
- Sur une seule version du jeu, le nombre de morceaux qui me font triper
s'avère particulièrement réduit. À peine trois ! Ça fait cher le riff !
2 - Et encore : pour pouvoir accéder à ce trio de pépites, il faut se coltiner une vingtaine de morceaux que je trouve proprement inintéressants et ce, juste pour cumuler les points et accéder aux niveaux supérieurs et aux morceaux tant convoités.
3 - Il se trouve que je suis sorti de l'adolescence depuis belle lurette et je n'ai donc plus 30 heures à perdre chaque semaine sur ma pseudo-gratte pour pouvoir finalement me défouler 3 minutes sur un air qui me fait planer.
Bref, j'avais fait assez rapidement une croix sur Guitar Hero et autre Rock Band.
Mais voilà que cette semaine, le Saint Graal m'est apparu. À des fins professionnelles (c'est là tout le sel de l'histoire), j'écumais le Web à la recherche d'un logiciel de carte heuristique qui devait être libre mais aussi portable (c'est à dire utilisable directement depuis une clé USB, sans installation préalable sur disque dur). Et voilà que je tombe par le plus grand des hasards (c'est là tout le poivre de l'histoire) sur un autre logiciel portable : FretsOnFire. Il s'agit d'un programme libre qui reproduit fidèlement l'interface de Guitar Hero.
Alors vous allez me dire : Warf Warf ! Un Guitar Hero du pauvre sur PC. Tu parles d'un coup. Ça doit être bien nase...
Eh bien, voyons cela en images.
Si vous trouvez ça encore trop rudimentaire, vous pouvez installer des "mod", autrement dit des environnements développés par des fans du programme. En voici deux exemples parmi une foultitude.
Vous pouvez même rajouter des arrière-plans animés en 3D.
- Frets on Fire est un logiciel gratuit (ça commence bien...)
- Il a été développé sous Linux puis adapté sous Windows. Il ne nécessite donc pas d'avoir un PC de compétition pour tourner correctement.
- Le programme peut parfaitement fonctionner à partir de votre clé USB. De fait, si vous voulez vous faire un délire à la dérobée, tout ce dont vous avez besoin, c'est un ordinateur et ladite clé USB. FretsOnFire est un logiciel dit portable : vous n'avez même pas à l'installer sur le disque dur de votre ordinateur ! Il ne faut donc que 5 secondes pour que votre pause déjeuner au travail se transforme en jam session endiablée.
- Comme de très nombreux logiciels libres, FretsOnFire dispose d'une vaste communauté de fans et de développeurs. Ce qui signifie que le Web regorge littéralement de morceaux de musique ad hoc. En fait, ils se comptent en... milliers !
- Pour de très nombreux morceaux, vous pouvez jouer la partition de différents instruments (guitare, guitare basse, batterie,...). Le tout avec différents niveaux de difficulté.
- Pas besoin de vous échiner des heures sur d'obscures « faces B » de Def Leppard ou Scorpions pour avoir le droit de se la péter grave sur The Police, AC-DC, Nirvana, Kiss, The Who ou autre Queen. Vous choisissez le morceau que vous voulez, quand vous le voulez, selon le niveau de difficulté que vous voulez (lorsque ces différents niveaux existent). FretsOnFire donne un nouveau sens au vocable « logiciel libre ».
- Vous pouvez brancher un accessoire guitare sur le port USB de votre ordinateur. Mais ce gadget n'est quand même pas donné.
- Pourquoi dépenser 80 $ quand vous avez déjà l'accessoire ultime sous la main : votre clavier ! Non seulement il ne vous coûtera pas un rond, mais en plus, il va vous donner un look encore plus culte.
Eh oui. C'est là le détail qui tue. Avec FretsOnFire, vous allez tenir votre clavier comme une guitare électrique (!). Avec le pouce (ou l'index) droit, vous activez la touche Enter (ou Shift droit, ou encore Retour arrière – c'est librement configurable). Et avec les doigts de la main gauche, vous pressez les touches F1 à F5.
Vous allez ressembler à l'image ci-contre, autrement dit à rien. Mais essayez une fois, juste pour voir. L'effet est garanti. Vous allez vous prendre au jeu – c'est le cas de le dire – et vous ne voudrez plus lâcher votre clavier. Le symbole de votre asservissement professionnel à l'informatique va se révéler votre meilleur ami.
FretsOnFire est LE jeu que j'aurais adoré avoir il y a un quart de siècle. J'aurais sérieusement déliré sur Ziggy Stardust de Bowie et Synchronicity II de The Police, mon clavier dans les mains.
Bon... En fait... Aujourd'hui, je délire sur Ziggy Stardust et Synchronicity II mon clavier dans les mains. Mais de façon beaucoup plus mature, plus retenue. Oh oui... Comme disait Philippe Khorsand dans Attention une femme peut en cacher une autre : « En fait, j'exulte, mais ça se voit pas.»
FretsOnFire, c'est rien moins que la résurrection de votre rock attitude. Celle que vous avez perdue il y a dix ou quinze ans. Allez, 10 minutes par jour, That's better than therapy.
Parlons technique :
Eh oui. Se taper un délire sur Thunderstruck, ça se mérite...
FretsOnFire est disponible pour Linux, Windows et Mac, mais je me limiterai ici à la version développée pour l'OS de Bill Gates.
Les dernières versions de FretsOnFire disponibles sont les v. 1.2.514 et v. 1.3xx. Malheureusement, elles ne fonctionnaient pas sur mes ordinateurs dès lors que j'essayais d'importer des morceaux de musique supplémentaires. Ce qui était hautement problématique. Renseignements pris sur les forums spécialisés, ces deux versions seraient effectivement porteuses de leur lot de bogues.
Mais il existe une solution : la version 1.2.451 qui fonctionne parfaitement. Elle peut être téléchargée ici.
Cela dit, si votre processeur et votre RAM ne sont pas faméliques, il est encore préférable d'utiliser une version alternative de FretsOnFire. Il s'agit de FretsOnFire X (FoFiX), issu d'une équipe de développeurs différente et qui intègre automatiquement plusieurs interfaces (notamment celles illustrées plus haut). FoFiX est encore plus impressionnant : il nous plonge véritablement dans un Guitar Hero ou un Rock Band.
Pour installer et jouer à FoFiX, suivez ce tutoriel.
Les codes source de FoF et de FoFiX diffèrent. Toutefois, les fichiers de chansons sont totalement compatibles sur les deux programmes.
Les forums spécialisés, via leur moteur de recherche, vont rapidement vous aiguiller vers les morceaux de vos groupes favoris. Alors, ne rêvez pas : pour l'intégrale des Beatles, il faudra repasser. Mais en cherchant bien, vous devriez dégoter des petites anthologies. Pour commencer, jetez donc un oeil ici, ou ici ou encore ici.
Chaque morceau tient dans un répertoire propre, qui doit être placé (de préférence) dans le répertoire /data/songs du programme. Lors du premier démarrage de votre FretsOnFire, il se peut que le programme vous demande de lui indiquer l'emplacement de ce répertoire songs.
Après ça, c'est à vous de jouer. Vous êtes prévenus : l'addiction vous guette.
C’est clair, l’actualité musicale n’est pas mon fort. Et ce n’est pas avec cette note que je vais réussir à vous convaincre du contraire. Me voici en effet prêt à vous entretenir du dernier album de The Police enregistré en concert.
Le groupe, formé en 1977, s’est séparé en 1984. Il y a 25 ans… À l’époque, j’affichais un léger sourire en coin quand un quadra me parlait avec nostalgie des Beatles. Et aujourd’hui c’est à moi de venir vous bassiner avec ce groupe-phare des 1970-80’s.
Cela dit, Les Beatles, ça reste quand même un monument, toutes générations confondues. Et je m’aperçois que The Police, ben… c’est pareil. En effet, quelle n’était pas ma surprise ces derniers mois d’entendre des jeunes (comprenez des moins de 30 ans) s’extasier devant des mélodies du trio, et en parler comme ils le feraient du dernier groupe à la mode.
Il est vrai que Montréal a accueilli The Police par deux fois, lors de leur fameuse tournée de Reunion débutée en 2007. Était-ce donc là un effet de mode, un phénomène purement montréalais ? Eh bien non. Pour s’en convaincre, il suffit de scruter le public du concert que The Police a donné à Buenos Aires (Argentine) en décembre de la même année : les spectateurs affichent une moyenne d’âge inférieure à 30 ans. Et il ne fait aucun doute qu’ils connaissent les chansons par cœur.
Ce concert argentin s’avère en effet celui qui est récemment sorti en vidéo. Le disque en ma possession a la bonne idée d’être un DVD Zone All, et donc lisible sur mon lecteur Blu-ray Région A (eh oui, j’ai fait le grand saut vers le rayon bleu il y a peu).
Et force est de constater que, sur la forme comme sur le fond, le concert est un enchantement.
Notons tout d’abord la qualité de l’image, véritablement incroyable : les contrastes et les effets lumineux propres aux concerts de rock sont toujours un casse-tête pour les algorithmes de compression. Et là, étrangement, tout est extrêmement fin, clair, brillant. Pas la moindre pixellisation. La propriété de certains lecteurs Blu-ray d’amélioration des images des DVD (upscaling) n’est pas qu’un simple argument marketing.
Le son n’est pas en reste. Si les effets ambiphoniques de la piste Dolby Digital 5.1 ne sont pas excessivement spectaculaires, il faut bien reconnaître qu’on est à un concert et qu’il est assez normal que le son vienne surtout de l’avant. Cela n’ôte rien à la qualité intrinsèque de la prise de son et du mixage, proprement hallucinants. On a beau se dire qu’on a fait des gros progrès en la matière au cours des dernières années, c’est la première fois que j’assiste à une telle reproduction sonore sur un DVD de concert rock. On regrettera juste que les voix des chœurs (Summers et Copeland) soient un peu trop en retrait.
Cette même qualité sonore met d’autant mieux en évidence le talent mélodique et harmonique d’un groupe qui, un quart de siècle après sa séparation, n’a passé que quatre mois en réorchestrations-répétitions avant de partir en tournée mondiale. Car on a beau regarder la scène, on n’y voit que 3 musiciens. Alors, évidemment, quelques rares morceaux font appel à des enregistrements (la flûte de Pan sur Walking on your footsteps ne surgit pas du néant). Mais pour le reste, on se demande bien comment on peut produire de tels morceaux sur scène avec seulement 3 instruments.
Et puis il y a ce syndrome « papy du rock » qu’on retrouve somme toute assez rarement chez des groupes nés dans les années 70. Je me souviens encore, les yeux humides, du fabuleux concert de Philadelphie en 1983, diffusé sur Antenne 2, en pleine nuit, dans le cadre de l’incontournable émission Les Enfants du Rock. Et aujourd'hui, l’énergie est intacte.
Certifiable est même l’occasion de redécouvrir un guitariste (Andy Summers, alors à l'orée de ses 65 ans) longtemps sous-estimé. Il démontre ici que son talent est proportionnel au carré de sa discrétion.
Sting est tout simplement impérial. À 56 ans, sa voix n’a pas rien perdu. Elle aurait même gagné en puissance. Et il a oublié d’être manchot à la basse !
Et puis évidemment, Stewart Copeland, peut-être le plus grand batteur-percussionniste de l’histoire du rock, dont la carrière solo fut aussi expérimentale que son passage à The Police fut brillant. L’option multi-angles sur King of Pain nous offre un pur moment de bonheur, focalisé sur le boulot incroyable de l’Américain cosmopolite derrière ses percus et sa batterie. À 55 balais ! On dira ce qu’on voudra, mais c’est quand même autre chose que Charlie Watts, le batteur sexagénaire des Rolling Stones !
On l’aura compris : The Police – Certifiable est incontournable pour les amateurs du groupe. Le coffret DVD (sorti aussi en Blu-ray) comprend également un documentaire exclusif sur la genèse et les coulisses de la tournée.
Et en prime, un double album CD, restitution stéréo du concert. De quoi vous repasser jusqu’à plus soif quelques-uns de ces réarrangements live particulièrement réussis.
Vos oreilles vont résonner longtemps du diptyque soigneusement entremêlé Can’t stand losing You / Reggatta de blanc : un classique instantané, dans lequel Andy Summers nous livre un riff récurrent irrésistible et complètement planant.
Quand la félicité tient sur un disque de 12 cm.
Un simple mot dans une liste de langages disponibles lors de l’installation d’un système d’exploitation.
L’OS : Linux
Le langage : le farsi.
Quel intérêt de parler de la version perse d’un OS alternatif ? Les Iraniens ont bien le droit de s’amuser aussi avec des logiciels libres…
En fait, la République des Mollahs fait plus que s’amuser avec Linux. Depuis 2001, elle a décidé de faire de Linux LE système d’exploitation de la République islamique.
En Iran, la quasi-totalité des ordinateurs tournaient alors sous Windows. Toutes les versions installées étaient piratées, évidemment : l'Iran est sous embargo américain ; et de toute façon, le pays ne connaît pas le droit sur la propriété intellectuelle…
Pourquoi vouloir migrer massivement vers Linux dans ce cas ? La raison principale est évidente : Windows, comme tous les programmes Microsoft, a un code source fermé, mais dont les agences d’espionnage américaines connaissent les failles. Les dirigeants iraniens ne veulent pas laisser à l’ennemi une chance de fureter dans leurs affaires d’État.
Le régime des Mollahs fait ici une application rigoureuse de la maxime de Claude Shannon : « L’ennemi connaît le système ». Cette maxime découle elle-même des travaux du cryptologue français Auguste Kerckhoffs qui, en 1883, expliquait qu’un cryptosystème ne doit reposer que sur le secret de la clé ; le fonctionnement du système lui-même doit être présumé connu de l’ennemi. C’est le concept de sécurité par la transparence.
À l'opposé, on trouve la sécurité par l'obscurité, prêchée notamment par Microsoft, qui pense que si personne ne peut voir le code de Windows, cela rend plus difficile les actes pernicieux à son encontre. Mais lorsque les autorités d’un seul État ont accès au code source du programme le plus vendu au monde, le mot espionnage résonne d’un écho particulier.
Personnellement, je suis de ceux qui pensent que rendre public le code source d’un OS lui confère une plus grande sécurité. Les dirigeants iraniens aussi apparemment. Pour eux, Linux constitue un impératif de sécurité nationale depuis des années. L’article sur lequel je suis tombé récemment date de 2004. Pourquoi en parler aujourd’hui ? Parce qu’en février dernier, la République populaire de Cuba annonçait le lancement d’un programme national visant à installer, sur un maximum d’ordinateurs au pays, l’OS baptisé Nova, basé lui aussi sur Linux. Les raisons de cet engouement cubain pour l’OS libre sont exactement les mêmes qu’en Iran.
À cette différence près qu’à Cuba, Windows est actuellement installé sur 80 % des ordinateurs. Ce qui représente déjà un taux plutôt faible. Mais la vente d’ordinateurs au public sur l’île ne date que d’un an ! Autrement dit, dans quelques années, les Cubains équipés en informatique tourneront sous Linux dans une proportion de 90 %. Un taux inimaginable dans les pays capitalistes.
Des capitalistes qui continuent de manquer le bateau. Car pendant ce temps-là, La Presse nous apprend que, en vertu d’un contrat de 1,32 M$ (soit 1 800 licences), les commissions scolaires de Montréal devront toutes passer sous Microsoft Office 2007. Bien sûr, le contrat a été conclu sans appel d'offres préalable !
Quand on sait que 90 % des utilisateurs d’Office 2003 emploient 10 % de ses fonctionnalités, on reste interdit devant cette fuite en avant proprement ridicule. Quel intérêt de passer sous Office 2007 pour l’écrasante majorité des utilisateurs de bureautique qui se satisferaient TRÈS largement d’une suite comme l’excellent OpenOffice ? Surtout quand cette dernière affiche un prix de 0 $ par licence !
Comment expliquer que l’on préfère dépenser des millions de dollars en licences pour une suite logicielle qui va, en plus, nécessiter des millions de dollars en formation de personnel ? Car on ne passe pas de 2003 à 2007 comme on est passé de 2000 à 2003. En effet, Office 2007 repose sur une interface totalement différente qui va en perturber plus d’un. Les lois de résistance au changement vont jouer à plein dans les bureaux.
Non pas que l’interface d’Office 2007 soit mauvaise. Je la trouve personnellement très intéressante. Mais c’est parce que j’ai le temps et l’envie de l’explorer et d’en découvrir peu à peu les avantages. Ce n’est pas le cas de 90 % de mes congénères, pour qui un ordinateur reste un ordinateur. Instaurer Office 2007 dans de telles conditions sera un échec. Les utilisateurs lambda vont réclamer à corps et à cris qu’on leur rende leur Office 2003. Et d’ici là, c’est Office 201X qui sera dans le collimateur.
Cela dit, les commissions scolaires de Montréal ne sont pas les seules s’être foutues dedans. Le ministère français de l’éducation nationale est tombé encore plus bas puisqu'il a passé un accord avec Microsoft pour la fourniture gratuite d'Office 2007 à tous les enseignants. En termes marketing, on dit que Microsoft a réussi à mettre le pied dans la porte. Et ce faisant, le ministère français se comporte en administration de république bananière.
Le gros problème du système Microsoft, ce n’est même pas la qualité des produits. C’est bien plus l’agressivité de ses commerciaux, véritables vendeurs d’aspirateurs de nouvelle génération, formés à faire prendre des vessies pour des lanternes aux ménagères… pardon aux gestionnaires des grandes entreprises et autres institutions. Et ce, à n'importe quel prix.
Ce que cette modeste chronique tente de mettre en évidence, c’est le paradoxe qui se fait jour. Le monde libre (comprenez : le monde non communiste, non intégriste… Le monde capitaliste, quoi…) est tombé dans le piège du monopole d’État qui annihile la pensée de l’individu. Pendant ce temps-là, des pays totalitaires (et non des moindres) se tournent vers le logiciel libre.
Et là où le paradoxe devient véritablement sublime, c’est lorsque l’on s’aperçoit qu’en France, parmi les plus prompts à migrer vers Linux, on trouve la Gendarmerie nationale. Autrement dit, des militaires. Comme quoi la Grande Muette peut être une petite futée.
Avec Linux, les apparences sont décidément trompeuses.
Ah, juste comme ça, en passant : dans deux semaines, sort la version 9 d’Ubuntu, la distribution Linux complète la plus simple qui soit mais aussi l’une des plus efficaces. Ça vous intéresse de télécharger gratuitement votre OS, de le graver sur un CD et de le tester (sans rien installer – vive le LiveCD), voire de l’installer pour de bon sur votre bécane ? Essayez donc sur votre vieux PC, celui qui est bon pour la casse mais que vous gardez pour une raison qui vous dépasse. En fait, cette raison s’appelle Linux. Évidemment, votre distribution Ubuntu installe en même temps OpenOffice, Mozilla Firefox (LE navigateur Internet), Mozilla Thunderbird (client de messagerie), j’en passe et des meilleures.
Vous pensez que Linux :
-
c'est juste bon pour les fondus d'informatique,
-
c'est impossible à installer,
-
c'est la croix et la bannière pour configurer ses périphériques,
-
c'est pas pratique pour faire de la bureautique ou de l'Internet ?
Vous allez avoir des surprises…
À très bientôt donc, pour voir votre ordinosaure soudain sortir de l'âge de pierre.
Et pour pas un rond...
Il y a quelques semaines est ainsi apparu sur les petits écrans United States of Tara.
L'affiche est accrocheuse. Et le rôle-titre est tenu par Toni Collette, excellente actrice australienne révélée dans Muriel (1994). S'en suivirent quelques discrètes apparitions au cinéma américain, notamment dans Sixième Sens (dans un rôle peu intéressant, comme d'ailleurs le film lui-même – si vous avez aimé Sixième Sens, ne le revoyez sous aucun prétexte : vous déchanteriez gravement). Toni Collette revient au pays des kangourous en 2003 dans A Japanese Story, "film de filles" absolument formidable qu'il faut voir toutes affaires cessantes. L'actrice rayonne de bout en bout et contribue considérablement à la puissance dramatique de l'œuvre.
Si Toni Collette est de retour aux États-Unis, de surcroît dans une série TV, on peut imaginer que le produit est d'un certain niveau. Après tout, la série est produite par la chaîne du câble Showtime, à qui l'on doit également l'incontournable Dexter. Et puis l'épisode pilote dure moins d'une demi-heure. Alors on se dit que si l'on n'est pas conquis à l'issue, on n'aura pas perdu grand chose.
Mais le charme ne met que quelques minutes à opérer. United States of Tara est un bijou télévisuel.
Le synopsis de la série est un peu loufoque au premier abord : Tara est une mère de famille american middle-class, mariée, deux enfants et... atteinte d'un trouble de personnalités multiples : lorsqu'elle est confrontée à un problème dans sa vie familiale, Tara laisse la place à l'un de ses 3 alter ego : T. l'adolescente délurée, Alice, la parfaite maîtresse de maison américaine des années 50 et Buck, le vétéran du Vietnam.
Toutes ces facettes de Tara, qui sont autant de composantes d'une même persona (d'où le titre United States of Tara), donnent à Toni Collette l'occasion de montrer au plus grand nombre l'étendue de son talent dans un rôle tel que toute actrice peut en rêver.
United States of Tara est drôle, subtil, intelligent, touchant. À n'en point douter l'une des séries phares de 2009.
Tout d'abord parce que Zack Snyder est un réalisateur à surveiller, notamment pour sa propension à intégrer avec style les dernières techniques d'imagerie virtuelle. Pour s'en convaincre, on se reportera à 300, sa récente adaptation de la bataille des Thermopyles.
Mais aussi et surtout parce qu'il s'agit là d'une nouvelle occasion de voir portée à l'écran une bande dessinée éponyme d'Alan Moore. L'homme appartient en effet à cette race en voie d'extinction que sont les grands auteurs de comic books.
Petite précision terminologique : un comic book est une bande dessinée américaine. Mais comme ces deux vocables ont des relents un peu trop plébéiens, des amateurs autoproclamés de vraies (?) bandes dessinées ont inventé le terme roman graphique (graphic novel).
C'est quoi un roman graphique ? Juste une bande dessinée qui n'ose pas dire son nom. Parce que certains amateurs de BD ont bien trop honte d'avouer en public qu'ils aiment les livres-avec-des-images-et-des-bulles-dedans. En revanche, déclamer que l'on est un spécialiste en romans graphiques, tout de suite, ça pose son homme…
Dans le même ordre d'idée, chez les bien-pensants critiques artistiques du Monde ou des Inrockuptibles, les livres de Clamp, c'est du manga (« Ooouuuuh, que c'est laid, puéril, vilain pas beau »). Mais l'intégrale de Jiro Taniguchi, c'est du roman graphique (« Wouah, maximum respect !»). Mais cela est une autre histoire…
Revenons à Alan Moore et à ses Watchmen.
Les Watchmen sont un groupe de justiciers masqués en costume bariolé qui, dans les années 1970, ont œuvré afin de lutter contre le crime et, accessoirement, de préserver l'Amérique de toute entreprise séditieuse. Utilisés par le pouvoir en place, ils ont notamment éviter le scandale du Watergate. De fait, nous voici en 1985 et Nixon est toujours au pouvoir. Pour calmer la contestation naissante dans les rues des métropoles, le gouvernement a finalement promulgué une loi interdisant les pratiques de ces mêmes justiciers.
Tout semble pour le pire dans la pire des Amériques possible. Jusqu'à ce que l'un de ces anciens mercenaires costumés soit balancé du 10ème étage par la fenêtre de son appartement. L'un de ses ex-confrères décide d'élucider ce meurtre. Il cherchera de l'aide auprès d'anciens frères d'armes et ensemble ils mettront à jour un complot d'une ampleur prodigieuse.
La bande dessinée d'Alan Moore (scénario) et Dave Gibbons (dessins) comprend 460 pages grandioses. Au même titre que le Sin City de Frank Miller, Watchmen constitue une œuvre majeure de la BD américaine. Mais aussi de la littérature : en 2005, le Time Magazine faisait figurer le comic book de Moore et Gibbons parmi les 100 plus grandes œuvres littéraires depuis 1923 (date de création du magazine).
Autant dire que le réalisateur Zack Snyder s'est attaqué à forte partie. De fait, d'aucuns redoutent que Moore soit une nouvelle fois mal porté à l'écran, comme ce fut le cas avec V pour Vendetta et, dans une moindre mesure, From Hell. (Personnellement j'aime beaucoup l'adaptation de La ligue des gentlemen extraordinaires. Mais cet avis est assez peu partagé). D'autres émettent certaines réserves quant à la qualité du scénario, arguant du piètre script de 300, le précédent film de Snyder.
Mais il semble que ces craintes soient infondées. En effet, le scénariste de Watchmen-le film n'est autre que David Hayter, par ailleurs auteur des films X-Men 1 et 2. C'est tout dire.
On peut toujours chercher des poux dans la tête de Snyder en s'en prenant à la direction artistique de son film. Ainsi, les couleurs délavées de la BD en faisaient une œuvre éminemment glauque, tandis que le film recourt à une image clinquante qui aurait tendance à faire du film une vidéo de démo pour TVHD 1080p.
Par ailleurs, on pourra regretter que les costumes des Watchmen aient été redessinés. Ceux de la BD faisaient certes un peu pitié : le but des auteurs étaient clairement de donner aux justiciers un aspect suranné : au moment où débute l'histoire, nos héros ont fait leur temps.
Mais on devine que Snyder adore ces personnages et qu'il veut leur redonner toute leur dignité en leur conférant un charisme absent de l'œuvre originale. Seule exception notable : Rohrschach, le vengeur au pardessus et petit chapeau, pourvu d'un masque aux taches mouvantes : il ne fallait effectivement pas toucher à cet apparat simple qui faisait toute l'originalité du personnage.
Le pari de Snyder est audacieux. Mais au simple visionnement de la bande-annonce, il semble d'ores et déjà gagné.
J'ai déjà écrit ici tout le bien que je pense de la résurrection de la franchise Bond, incarnée par l'ultra charismatique Daniel Craig. Casino Royale de Martin Campbell n'est pas seulement le meilleur épisode de la série. C'est aussi et surtout un grand film. Point final.
007 Quantum (en français de France : Quantum of Solace) de Marc Forster en est la très exacte suite, écrite par les trois mêmes scénaristes, reprenant les mêmes personnages (et acteurs) récurrents (Félix Leiter, René Mathis, M. White,…). On ne s'étonnera donc pas que, selon moi, les deux volets se complètent, s'équivalent.
L'affaire est entendue. Il n'y a guère de raisons de s'étendre sur la question via un article sur ce blogue. Mais voilà que je tombe par hasard sur la critique du James Bond n˚22 parue dans l'édition du 30 octobre dernier du quotidien français Le Monde. L'auteur : un certain Thomas Sotinel. Son problème : avoir écrit la critique la plus conne que j'aie lue depuis un bon moment.
Rarement on a pu constater avec autant d'évidence que les critiques institutionnels ne regardent pas les films qu'ils sont payés pour aller voir. Si vous ne savez pas à quoi ressemble une critique écrite par un gars qui a passé la moitié du film aux toilettes ou à reconfigurer son iPhone, je vous conseille la lecture de ce ramassis de fariboles.
Il est vrai que ce Monsieur Sotinel est une pointure dans le landerneau de la critique cinématographique. Il écrit dans la rubrique Cinéma du journal Le Monde depuis 2000. Avant cela, il était un spécialiste de l'Afrique noire à la rubrique… Politique internationale. Un peu comme si j'avais écrit une rubrique hebdomadaire dans La Croix sur les obédiences paléochrétiennes dans les pays de la Cordillère des Andes puis que je venais vous donner des leçons en physique quantique.
Alors, évidemment, c'est une chose de dire que Sotinel est un crétin de critique. C'en est une autre de le prouver. Aussi vais-je m'y employer dans les lignes qui suivent.
Le texte du Sot-Tinel commence fort : une citation inexacte des dialogues du film. Sans doute la malchance de l'expert…
Il poursuit ainsi : « Que le client se rassure, Quantum of Solace est aussi livré avec son lot de tueries et de destructions. (…) [Le film] frustera aussi bien ceux qui aiment leur 007 saignant que les amateurs d'espions modernes (…) »
En l'espace de quelques lignes, Sotinel dit donc une chose et son contraire.
Mais la même phrase contient bien d'autres bêtises, quant aux « espions modernes pétris de contradictions dont le principal représentant est Jason Bourne, le héros amnésique.»
Là, il va falloir m'expliquer en quoi Jason Bourne est un espion moderne pétri de contradictions, sachant que :
- Bourne n'est plus un espion : durant les 3 films de la saga (cf. ci-contre), il est un homme en cavale qui lutte contre les espions de la CIA qui veulent le flinguer.
- En fait, il n'a même jamais été un espion : il était un tueur appointé, entraîné et mentalement traficoté par les scientifiques déjantés de la CIA. Un espion espionne et, éventuellement, quand il y est autorisé (c'est à ça que sert l'accréditation double zéro au MI-6), il peut estimer nécessaire de flinguer. Un tueur flingue celui qu'on lui ordonne de flinguer. D'où la nécessité de le manipuler pour éviter qu'il ne se pose des questions existentielles.
- Comment peut-on être pétri de contradictions quand on est amnésique ?
Sotinel continue son répertoire des soi-disant faiblesses de 007 Quantum : « Pendant [la course de chevaux dans les rues de Sienne], le montage est haché, la caméra tressaute, la lumière est naturaliste » Oh, juste un détail en passant : le montage est haché, la caméra tressaute et la lumière est naturaliste dès la toute première séquence du film. On y assiste à une fusillade-course-poursuite en voiture, filmée de façon fort intéressante quoiqu'un peu brouillonne. M. Sotinel serait-il arrivé à la projection avec quinze minutes de retard ? Je n'en serais guère surpris.
Reprenons : « Le montage est haché, la caméra tressaute, la lumière est naturaliste. Pas besoin d'être psychiatre pour établir le diagnostic : James Bond souffre d'un complexe d'infériorité face à Jason Bourne.»
Pas besoin d'être critique pour jouer au psychanalyste : Sotinel souffre du complexe de supériorité du critique qui n'a jamais tenu une caméra de sa vie, n'a jamais écrit le moindre scénario, ne fait pas la différence entre un panoramique et un travelling. Mais qui a lu Sartre, Bourdieu et Deleuze et qui sait donc tout mieux que tout le monde en matière de cinéma.
De fait, cette comparaison avec les 3 films de la franchise Jason Bourne est rien moins que ridicule. Tout d'abord, le montage des 3 Jason Bourne n'est pas haché. Et si la caméra tressaute, ce n'est que dans les opus 2 et 3. Pourquoi ? Parce qu'ils sont réalisés par Paul Greengrass. Mais si les images de Greengrass tressautent, c'est parce que ces 2 films sont tournés intégralement en caméra portée. Et cela, Sotinel ne l'a pas remarqué.
Mais peut-être Sotinel parle-t-il de la supériorité des Jason Bourne sur le plan scénaristique. Mais dans ce cas, la confusion m'étreint. Car, personnellement, la pertinence dramatique des Jason Bourne 2 et 3 m'échappe. Souvenez-vous : on sait depuis La mémoire dans la peau (le premier épisode) que Jason Bourne a été un tueur de la CIA conditionné à cette tâche par des techniques répugnantes de manipulation mentale. Dans les épisodes 2 et 3 (qui forment en fait un seul et même film), Bourne continue à fuir ses agresseurs avant de se décider à contre-attaquer. Et l'épisode 3 se termine par Bourne découvrant, ô surprise, qu'il a été… un tueur de la CIA conditionné à cette tâche par des techniques répugnantes de manipulation mentale. Oui, vous avez bien lu. Redondance : maximale. Profondeur thématique : zéro absolu.
Il fallait bien l'incompétence d'un journaliste du Monde pour proclamer aussi péremptoirement (et faussement) la supériorité de Bourne sur Bond.
Mais le susmentionné Sotinel ne s'arrête pas là dans son inepte comparaison : « Ce souci de n'être pas assez moderne travaille tout le film [007 Quantum] ». Mais là encore, force est de constater que, techniquement parlant, le travail de Marc Forster sur Quantum est à des années-lumière de celui de Paul Greengrass sur Jason Bourne 2 et 3. Dans cette poursuite engagée par James Bond sur les toits après la susmentionnée course de chevaux dans les rues de Sienne, Forster fait montre de compétences rares en matière de réalisation et de montage. Certains raccords dans le mouvement, certains cadrages et mouvements de caméra sont tout simplement fabuleux.
À côté, Paul Greengrass fait pitié, lui qui ne s'est pas cassé la tête sur Bourne 2 et 3. Il a en effet repris la même recette que dans Bloody Sunday (2002), le docu-fiction sur la fameuse émeute de 1972 à Derry (Irlande du Nord). C'est ce film qui lui a ouvert les portes d'Hollywood. Voilà bien le nœud gordien. Pour le journaliste du Monde, l'affaire est entendue : Greengrass est un artiste engagé. Il est donc forcément meilleur réalisateur que Forster, suisse et éclectique (comprenez : un mercenaire, un tâcheron). Et Sotinel sait de quoi il parle : il écrit des critiques de films façon intellectuel de gauche. Dès lors, pourquoi s'intéresserait-il au montage et à la réalisation, ces deux scories ?
Sur le plan du scénario, l'affirmation tranchante du critique est encore plus navrante : Quantum est en fait outrageusement plus moderne que les Jason Bourne. Pourquoi ? Parce que La mémoire dans la peau 1,2 et 3 est intemporel : il s'agit de la longue cavale d'un ex-tueur amnésique qui lutte pour sa vie. Quantum of Solace, en revanche, inscrit son histoire dans un cadre géopolitique on ne peut plus contemporain : la tentation des États-Unis de contrer d'éventuels régimes socialisants de type vénézuélien émergeant sur le continent américain.
Sotinel poursuit : « Le méchant [Dominic Greene] veut bien sûr devenir maître du monde.» Ceux qui ont vu le film (ce qui exclut à l'évidence le critique du Monde) savent que ce n'est pas l'objectif du personnage interprété par Mathieu Amalric.
« Voilà où en est James Bond : à lutter contre l'impérialisme américain, à soutenir la fraction proeuropéenne du gouvernement britannique.» Mon Dieu, quelle horreur ! Un James Bond original et bigrement sensé ! Il y a là de quoi perturber un critique inapte.
« Les costumes de Bond jurent avec les tenues quechua traditionnelles » Là encore, Sotinel ne semble pas avoir vu dans quel état déplorable se trouve le costume de Bond lorsqu'il croise les Quechuas, au fin fond de la Bolivie. Dans ces conditions, ledit costume ne jure vraiment pas...
Le critique du Monde termine sa logorrhée par une ânerie de toute beauté : « Un homme apaisé mérite-t-il encore son permis de tuer ? » Peut-être Thomas Sotinel a-t-il oublié le flegme de Sean Connery, de Roger Moore et de Pierce Brosnan, qui n'ont pourtant jamais perdu leur permis de tuer. Contrairement à Timothy Dalton qui a précisément vu le sien révoqué lorsque la colère l'a conduit à utiliser sa mission pour assouvir une vendetta personnelle (Permis de tuer, 1989).
Mais bon, on ne va pas en plus demander à un critique qui écrit sur les films de James Bond de connaître les films de James Bond ! Sinon, où irait Le Monde ?
Toujours très prompt (hum…) à réagir en matière d'actualité musicale (voire mes précédentes chroniques surannées en la matière), je me penche aujourd'hui sur le dernier album de Jean Michel Jarre, dans les bacs depuis… plus d'un an et demi.
Téo & Téa vaut en effet doublement la peine de jouer les carabiniers de chronique culturelle.
Sur le fond tout d'abord. On ne peut pas dire qu'avec des disques tels que Métamorphoses (2000) ou Geometry of Love (2004), JMJ nous avait particulièrement fait vibrer depuis 10 ans. Il semblait davantage surfer sur une déferlante de rééditions : on ne comptait plus les enregistrements en concert, compilations et remixes sortis ces derniers temps. Le pire des pires demeure certainement The Symphonic Jean Michel Jarre (2006), où des musiciens d'un orchestre s'époumonent (c'est le cas de le dire) pour reproduire le son électronique labellisé JMJ. Jouez hautbois, résonnez musettes ! L'album est à pleurer. Pourquoi pas un very best of Sergueï Prokofiev à l'ocarina ? Ou bien André Rieu & Maurice André interprètent Vangelis ?
Et puis soudain, mars 2007 : Téo & Téa. Jarre nous offre là son album original le plus abouti depuis bien des années.
Malgré ses 60 printemps, l'artiste se paie le luxe de renvoyer sur les bancs de l'école nombre de jeunes loups qui se croyaient en état de le rayer des tablettes. Les David Guetta et consorts ont beau se la péter grave genre « We are the champions » et « La musique électronique, c'est nous ». Avec Téo & Téa, ces spécialistes du stérile copier-coller-qui-rapporte-des-millions-dans-les-discothèques-branchées se prennent une baffe mémorable. Alors même que l'on voyait chez Jarre un dinosaure tout juste bon à toucher les royalties d'albums genre "Tribute to JMJ", le cave se rebiffe. Sur les 13 morceaux de Téo & Téa, au moins 3 méritent ipso facto de figurer dans les annales de la musique électronique. Non content d'opérer une remontée fulgurante au classement des musiciens marquants de notre temps, Jarre se paie le luxe de battre les lutins de la musique électronique sur leur propre terrain : la techno.
C'est en effet un sexagénaire, particulièrement dédaigné ces derniers temps, qui vient nous réconcilier avec ce genre musical largement surfait et qui tourne à vide depuis dix ans. On a beau voir se multiplier les sous-genres (trance, hardcore, dance floor,…), force est de constater que les phénoménaux Daft Punk et autres Propellerheads ne sont pas légion au XXIème siècle…
Outre sa valeur musicale intrinsèque, Téo & Téa a un mérite formel : celui de nous offrir un écrin tout aussi brillant que la pépite qu'il abrite. Le dernier opus de Jarre reprend en effet la recette gagnante du précédent Aero (2005) mais encore enrichie : outre un CD classique, l'album sort au format DVD. Le disque compte une section vidéo forte d'un clip. C'est peu, mais c'est tout de même mieux que le DVD d'Aero qui nous gratifiait du regard surexposé et lassant d'Anne Parillaud en plan fixe durant 90 minutes.
Le DVD de Téo & Téa héberge 3 versions sonores :
-
PCM 2.0, autrement dit une version stéréo non compressée ;
-
Dolby Digital 5.1, version multicanaux compressée ;
-
Dts, autre version 5+1 voies, mais cette fois non compressée.
Pourquoi une telle pléthore de formats sonores ? Parce que Jean Michel Jarre a compris avant tout le monde il y a plusieurs années que l'avenir de l'industrie du disque ne passerait pas par un protectionnisme blindé en vue d'assurer que la monnaie continue de tomber dans les caisses. La lutte contre la piraterie sera inefficace tant qu'elle sera menée avec des algorithmes de protection anti-copie et des poursuites judiciaires contre Monsieur Quidam et ses 50 fichiers mp3. Non, ce combat se gagnera par un accroissement de la qualité formelle des produits.
Ainsi, dès l'apparition du CD dans les années 1980, Jean Michel Jarre peste contre cette même industrie du disque qui, pour assurer une rentabilité à court terme, opte pour des disques compacts au rabais, encodés en 10 bits. Résultat : le gain qualitatif est nul. Et le son des bons vieux vinyles est toujours meilleur. Enfin, en théorie. Car pour constater la différence, il faut quand même avoir un peu l'oreille absolue et – pour paraphraser Audiard – un ampli de la puissance de feu d'un croiseur et des enceintes de concours…
Il faut attendre 15 ans pour voir apparaître les nouveaux rayons lasers, qui autorisent une galette de 12 cm à accueillir des encodages et des échantillonnages plus riches. Mais voilà que surgit la guerre des formats. Le CD est le parent pauvre de la musique numérique. Qu'à cela ne tienne, on va créer une niche lucrative : celles des audiophiles autoproclamés. Vous aimez la musique de qualité ? Alors vous aurez bien les moyens de vous payer de nouveaux matériels. Et voici que fleurissent (et fanent presque aussi vite) SACD et autres DVD-Audio. Autant de formats incompatibles mais qui rapportent et qui creusent une audiophilie à deux vitesses : le CD pour la plèbe, la haute définition numérique pour les riches (ou les endettés).
Jean Michel Jarre est un artiste extrêmement populaire. Ces disques se vendent à des millions d'exemplaires. Ces concerts grandioses attirent les foules à travers le monde. Comment va-t-il concilier son intransigeance technique avec sa nécessaire accessibilité au plus grand nombre ?
La solution s'imposait d'elle-même. Pourtant l'industrie du disque s'était bien gardée de l'encourager. Et il faut bien l'audace d'un artiste du calibre de Jarre pour aller à l'encontre de cette aberration.
JMJ constate la popularité éclair du DVD-Vidéo et des matériels sonores ad hoc. Il comprend que si le cinéma à la maison se lance dans le son multicanaux (Stereo Surround, AC3, puis dts), l'avenir de la musique doit à l'évidence s'extirper du carcan stéréophonique.
Y a-t-il pour autant besoin de développer des supports spécifiques à la musique ? Les DVD-Audio et autres SACD se justifient-ils ? Bien sûr que non ! Si on est capable de mettre sur un seul DVD un film de 2 heures, avec 4 versions sonores différentes, on doit bien être capable de faire tenir une heure de musique haute définition sur ce même DVD. Prétendre le contraire est une ânerie d'incompétent. Ou un mensonge de capitaliste sans scrupules.
DVD veut dire Digital Versatile Disc. Ce qui signifie qu'il est conçu pour accueillir toutes sortes de formats de donnés. C'est un véritable non-sens de pousser au développement du DVD-Audio, un DVD seulement pour l'audio. Pas très versatile, le disque...
Jarre lance donc le DVD-Vidéo dédié à la musique. Car pour lui, un DVD, c'est d'abord un disque numérique qui peut héberger 7 fois plus de données qu'un CD.
À l'arrivée, en 2005, JMJ sort Aero, un DVD qui compte deux pistes sonores en 5.1. C'est le premier album au monde mixé de la sorte. La plupart des morceaux sont des remixes de ses classiques. Aero est donc davantage une expérimentation.
Mais deux ans plus tard, sur Téo & Téa, 100 % des morceaux sont inédits. La démarche s'inscrit donc dans le long terme. Jean Michel Jarre a définitivement viré à la musique multicanaux.
Mieux, en passant à la volée de la piste stéréo haute définition (non compressée) à la version dts (5.1 non compressée), on a l'impression qu'on n'écoute pas le même morceau. En fait, ce n'est pas une impression. La richesse de la piste multicanaux est hallucinante.
Trois raisons à cela :
- Evidemment, il y a plus d'informations sonores sur 6 hauts-parleurs que sur 2.
- Encore faut-il que ces 6 pistes soient spécifiquement et correctement mixées ; or le travail de Jarre et de son équipe est ici ineffable.
- Le stéréo est fait pour donner l'impression que le son vient de l'intérieur de la tête de l'auditeur. Le 5.1, au contraire, est conçu pour que le son provienne de toutes parts.
De fait, une fois que l'on a écouté Téo & Téa en dts, la piste stéréo devient inutile, inexistante. Jean Michel Jarre nous ouvre les portes de la perception musicale en 3 dimensions. Le retour en arrière est tout simplement impossible.
Le message à l'industrie du disque est clair : voilà comment limiter drastiquement le piratage. En effet, même si le DVD de Téo & Téa peut être copié (sur la forme, ce n'est qu'un DVD comme les autres), la qualité musicale du produit en fait un objet de collection dont tout mélomane de l'électronique se doit d'avoir un original dans sa discothèque.
On attend les prochains albums inédits de Jean-Michel Jarre avec une impatience non dissimulée. Le compositeur semble en effet avoir trouvé une nouvelle jeunesse dans la musique multicanaux. Il est vrai que, après dix années diaphanes et un total de 35 ans de carrière, redevenir un pionnier a de quoi redonner l'inspiration.
Nous sommes nombreux à penser que Steven Spielberg est le plus grand des cinéastes contemporains.
Aux yeux d'une intelligentsia autoproclamée, le fan de Spielberg passe encore aujourd'hui pour un adolescent attardé, un parfait ignorant de la culture cinématographique et des fondements de l'écriture dramatique.
Vraiment ?
Sortons donc de ces phrases toutes faites à l'attention des porteurs d'oeillères drapés dans l'apparat du docte penseur.
Il y a environ un an, Jawad Mir, co-fondateur des sites The Raider.net et Dreamworks Fan Site m'a contacté en vue de créer un nouveau site Internet consacré à Steven Spielberg. Après de nombreux échanges via clavardage et courriel, confrontés à nos emplois du temps respectifs de plus en plus chargés, Jawad et moi avons dû renoncer à ce beau projet.
J'ai toutefois décidé de compiler l'ensemble de mes textes consacrés à Spielberg sur un groupe de discussions de Vox. Modeste contribution à une vision des choses partagée encore par une moindre part des cinéphiles, voici donc mes Rapports minoritaires.
En espérant que d'autres fans publieront ici les leurs, partageant ainsi leur passion pour le cinéaste.
ou
L’ouvrage universitaire qui clouera au pilori le conspirationnisme sur le 11-Septembre reste à écrire
Comme je le précisais ici il y a quelques semaines, je ne suis pas un inconditionnel du conspirationnisme relatif aux attentats du 11 septembre. Certains arguments avancés par les tenants de ces thèses sont tout simplement grotesques. D'autres en revanche ont le mérite de montrer certains faits étonnants, en opposition flagrante avec la thèse officielle. Ce faisant, ils nous invitent à nous poser des questions et à poursuivre nous-mêmes les recherches afin de nous forger notre propre conviction.
Telle n'est clairement pas la voie choisie par trois universitaires québécois, membres de l'Équipe de recherche sur le terrorisme et l'antiterrorisme (ERTA), affiliée à l'école de criminologie de l'Université de Montréal (UdeM).
Benoit Gagnon, Stéphane Leman-Langlois et Julie Béliveau-Verville, respectivement deux professeurs et une étudiante en maîtrise de criminologie, sont ainsi les auteurs de Les théories du complot – Analyse des argumentaires. Il s’agit d’un tableau en deux colonnes qui met en parallèle les thèses pro-complot d’une part et les arguments anti-complot d’autre part. Les trois criminologues ne font pas mystère de leurs convictions, surenchérissant largement en commentaires dans la seconde colonne.
Ce qui s’annonçait comme une avancée sur un sujet encore peu balisé dans les milieux universitaires déçoit vite et considérablement. Outre des arguments fort peu décisifs (1) voire d’une mauvaise foi criante (2), nos trois criminologues pèchent surtout par une méthodologie gravement déficiente (3). De fait, à travers le conspirationnisme du 11 septembre apparaît une faille dans le paradigme de la recherche universitaire en matière de terrorisme (4).
1 - Des arguments universitaires aussi peu décisifs que les thèses pro-complot
Les éléments avancés par ces trois criminologues sont généralement aussi (voire plus) approximatifs que les arguments conspirationnistes référencés dans le tableau des argumentaires. On trouvera ci-après quelques exemples (parmi de nombreux autres) de cette nébuleuse démarche universitaire.
- « Plusieurs hauts gradés ont annulé leurs vols prévus le 11 septembre 2001.»
Les 3 membres de l’ERTA répliquent : « Information sans doute fausse.» Bigre ! La messe est dite. Comme les conspirationnistes doivent se sentir petits devant un tel déploiement de rigueur universitaire !
- « Les boîtes noires des vols ayant percuté le WTC n'ont pas été retrouvées, ce qui est rare dans l'aviation. Le passeport d'un des pirates de l'air a cependant été retrouvé.»
Mais nos époustouflants universitaires rétorquent : « Ce qui est ou n'est pas retrouvé tient de l'imprévisible.» Eh oui, ma bonne dame, un avion qui tombe, c’est la faute à pas de chance…
- « D'après les témoins, les vidéos et les photos, l'effondrement avait l'air d'une démolition contrôlée.»
Mais la Dream Team de l’UdeM répond par un argument coup de poing : « C'est le problème, ça avait juste l'air.» Là encore, on reste ébahi devant la puissance de la démonstration.
- « S’il n’y avait pas eu d’explosifs, la tour [sud] ne se serait pas effondrée sur elle-même mais sur le côté.»
Mais nos universitaires ne sont pas d’accord
avec cette assertion : « Des photos montrent clairement que la tour sud
a penché sur le côté avant l’effondrement total.»
Sauf que l'argument pro-complot ne dit pas que
la tour n'a pas penché sur le côté. Il dit simplement qu'elle ne s'est
pas effondrée sur le côté. Avant d'analyser, il vaudrait mieux savoir
lire…
Toute personne qui a vu les images de la tour sud frappée par l'avion a évidemment noté que la tour s'est inclinée sur le côté avant de s'effondrer verticalement. Il faudrait être un parfait imbécile pour prétendre le contraire. Mais nos universitaires ne s'arrêtent pas en si bon chemin puisqu'ils ajoutent : « La façon dont les avions sont entrés influence la façon dont les tours sont tombées, en affaiblissant certaines zones.» Ce faisant, ils passent complètement à côté de la question : que les avions aient affaibli la structure des tours et influencé leur chute n'est pas exclusif de la présence d'explosifs de démolition contrôlée.
- Concernant la vidéo de Ben Laden tenant lieu de revendication des attentats, les conspirationnistes disent que ce n'est pas Ben Laden qui apparaît à l’écran mais un imposteur. Nos universitaires avancent alors l'argument-massue : « Informations fausses ». Point final. Pourquoi, comment ? Ah, on ne sait pas… Pour toute explication, les trois criminologues nous gratifient de gros plans comparatifs entre une photographie incontestable de Ben Laden et une du "Ben Laden" de la vidéo. L'entreprise est censée nous montrer qu'il s'agit à l'évidence du même homme. Sauf que… À l'évidence, sur ces photos, ce n'est PAS le même homme !
- Au sujet de la liquéfaction de l'acier des tours, les conspirationnistes estiment que la température de l'incendie causé par le kérosène est insuffisante pour faire fondre l’alliage.
Nos trois universitaires le reconnaissent mais rétorquent qu'à une telle température, l'acier peut se tordre et se plier.
Il va alors falloir m'expliquer comment les tours ont pu s’effondrer sur elles-mêmes, à la verticale si l'acier des poutres du noyau central s'est seulement plié. Expliquez-moi juste ça, je suis curieux…
- « Hyman Brown, manager de la construction du WTC a dit que le WTC avait été conçu pour résister à tout, même à un avion le percutant.»
Réponse universitaire édifiante : « Effectivement. Mais les meilleurs plans humains sont faillibles.» Quand les criminologues spécialisés en terrorisme se font philosophes existentialistes…
- Concernant Wirt Walker III que le documentaire Loose Change présente comme le cousin de George Bush, les trois universitaires répliquent : « Walker ne serait pas dans la famille Bush.» En termes de recherches universitaires, cet argument est proprement impressionnant !
2 - Mauvaise foi
Comme si ces approximations dans une démarche universitaire qui se veut exemplaire et donneuse de leçons ne suffisaient pas, les trois auteurs de l’ERTA vont également faire preuve à certains égards d’une mauvaise foi qui laisse pantois. Voici quelques exemples parmi bien d’autres :
- Citant Loose Change, les trois criminologues réfutent la thèse de la démolition contrôlée, estimant : « Il aurait fallu poser des explosifs à chaque étage, ce qui aurait été difficile à faire sans que personne ne s'en rende compte.»
Cette argumentation n’a tout simplement aucun sens et ce, pour deux raisons :
1- ce n'est pas du tout ce que montre Loose Change !
2- le principe de la démolition contrôlée repose sur l'écrasement des étages les uns sur les autres grâce à la gravité. On ne met pas des explosifs à tous les étages ! Sinon, le poids des débris épars ne serait pas suffisant pour faire effondrer les étages inférieurs.
- « Les contrôleurs de l'aéroport de Dulles ont pensé qu'il s'agissait d'un avion militaire (chasseur) »
Les universitaires contredisent cette allégation en assénant : « Il s'agit d'une mauvaise citation : ils auraient plutôt dit que ce devait être un avion militaire car on ne manœuvre pas un 757 de cette façon.»
Si quelqu'un, quelque part peut m'expliquer la différence entre ces deux citations, qu'il n'hésite pas à m'appeler, à toute heure du jour ou de la nuit ! J’aime particulièrement le ton didactique avec lequel la réponse nous est balancée : « Il s’agit d’une mauvaise citation.» Vous avez dit « suffisant » ?
- « L’appareil aurait arraché 5 lampadaires sans que ses ailes ou les poteaux aient été abîmés.»
Les trois universitaires ripostent : « Des photos montrent des poteaux abîmés », et nous proposent une photographie d’un de ces poteaux. Mais ce faisant, ils font apparaître deux failles :
1 – cette photographie n’est pas sourcée, ce qui est proprement regrettable en la matière ;
2 – les auteurs se gardent bien de préciser que le documentaire Loose Change montre clairement sur le site des poteaux couchés qui sont intacts !
- « Aucun débris d’aile ou de fuselage n’a été retrouvé (Loose Change) »
À cela, les trois criminologies québécois répliquent : « Des photos montrent des morceaux de la carlingue.»
Il s’agit là d’un argument hautement fallacieux. En effet, Loose Change ne prétend nullement qu’aucun débris n’a été retrouvé. Au contraire, le documentaire montre clairement certains débris. Mais il estime que leur nombre et leur volume sont sans commune mesure avec ceux que l’on serait en droit d’attendre en cas de crash d’un avion de ligne.
- Certains conspirationnistes déclarent qu’il n’y avait pas de trace d’impact des ailes dans la façade du Pentagone dans laquelle s’est encastré le Boeing.
Bien sûr, les universitaires de l’ERTA ont la réponse ultime : « Les ailes se seraient repliées sur la carlingue et désintégrées sous l’impact. Les ailes d’un avion de ligne sont souples.»
Mais huit lignes plus bas, ils ajoutent : « les ailes se sont repliées sous l’avion, ce qui explique qu’il n’y ait pas de dommages causés par les ailes.»
Plus loin encore, ils expliquent : « une aile aurait touché le sol avant que l’avion ne percute le bâtiment, l’autre se serait détachée sous l’impact des colonnes résistantes du Pentagone.»
Puis, concernant l’argument selon lequel l’avion aurait rebondi sur le terrain devant le Pentagone avant d’y pénétrer mais n’aurait laissé aucune trace sur le gazon, nos trois universitaires rétorquent : « Personne n’a vu l’avion rebondir. Il n’y a effectivement pas de trace. Parfaitement logique.»
Sauf que ce contre-argument est en opposition totale avec le contre-argument précédent qui dit qu’une aile aurait touché le sol. Expliquez-moi donc comment une aile a pu toucher le gazon du Pentagone sans y laisser de trace…
Bref, les trois membres de l’ERTA ne savent absolument pas ce qu’il est advenu des ailes de l’appareil. Cela ne les empêche pas d’affirmer que les arguments conspirationnistes sont ridicules !
- Citant Loose Change qui cite lui-même l’auteur américain Jim Marrs :
Nos trois membres de l’ERTA rétorquent
impérialement : « Marrs est un théoricien du complot réputé.» Point
final. Certes : on lui doit notamment la publication d’un livre sur
l’assassinat de John F. Kennedy dont Oliver Stone s’est largement inspiré pour
écrire le scénario de JFK. Mais j’aimerais beaucoup que l’on m’explique
en quoi le fait que Jim Marrs soit un conspirationniste célèbre suffit à
prouver ipso facto que ce qu’il avance est faux.
3 - Une méthodologie inepte
En fait, ce qui sourd le plus remarquablement de ce document universitaire est sans conteste l'incroyable déficience de la méthodologie qui a présidé à sa rédaction.
Le 11 septembre n'est pas une petite affaire en matière de terrorisme. On aurait pu légitimement s'attendre de la part de trois universitaires spécialisés qu'ils traitent du conspirationnisme en la matière dans une publication autrement plus imposante et formelle. Au lieu de cela, ils se sont cantonnés à mettre en ligne un simple et long tableau en deux colonnes (arguments pro-complot / arguments anti-complot), mal rédigé, mal mis en forme, mal conçu.
On constate tout d’abord que les auteurs ont choisi de mettre sur un pied d'égalité toutes les thèses conspirationnistes, qu'elles soient professées par des personnes qui se sont documentées et avancent de véritables arguments ou balancées par des fanatiques qui ne présentent aucun élément de preuve. Comment peut-on en effet comparer l'approche "précision documentaire" de Loose Change avec les délires antisémites de Thierry Meyssan ? Les trois universitaires québécois ont-ils seulement cherché à savoir qui sont ces auteurs conspirationnistes et ce qui les motivent ? Non, et c'est bien dommage. Cela les aurait certainement aiguillés vers ce que doit être une véritable analyse d'argumentaires.
On notera ensuite que nos trois criminologues introduisent leur document en expliquant qu'ils se réfèreront surtout à Loose Change et accessoirement à d'autres sources. À l'arrivée, le documentaire n'est à l'origine que d’environ la moitié des arguments référencés. À croire qu'il est plus facile d'attaquer les conneries pondues par des conspirationnistes à la petite semaine que celles de Loose Change… On les comprend. D’ailleurs, nombre d’arguments de Loose Change qui sont combattus dans ce tableau le sont de façon hautement approximative voire franchement fallacieuse.
De fait, le titre de ce document publié sur le site de l’ERTA est on ne peut moins approprié : il n'y a là en effet aucune analyse des argumentaires conspirationnistes, les auteurs se limitant à une accumulation désordonnée d'arguments anti-complot qu'ils soutiennent sans retenue et surtout sans rien démontrer. Ce tableau ne présente donc pas la moindre objectivité, pas le commencement du début de la queue d’une once de rigueur scientifique.
Les auteurs en ont certainement conscience. Aussi tentent-ils d’en imposer en s’improvisant physiciens du dimanche. Ils jouent ainsi avec les chiffres et les formules de physique, histoire d’épater le chaland. Manque de chance, ce faisant, ils se prennent là aussi les pieds dans le tapis. Et pas à peu près…
Par exemple, ils écrivent :
« Un B-25 fait 15195 kg (…) et va à 241 km/h.
« Un 767 fait 127000 kg (…) et va à 800 km/h.
« La force cinétique est 200 fois plus grande pour un 767.»
On passera sur l’impropriété du vocable force cinétique. Tout lecteur âgé de plus de 15 ans aura rectifié de lui-même : il s’agit là d’énergie cinétique.
Mieux encore : si l'on applique correctement les formules de physique appropriées, on constate que cet ordre de grandeur avancé par les trois criminologues n’est pas de 200 fois, mais seulement d'environ 92 !
Détails du calcul :
EC = ½ mv2
où EC est exprimé en joules, m en kg et v en m/s.
241 km/h = 241 x 1000 / 3600 = 67 m/s
800 km/h = 800 x 1000 / 3600 = 222 m/s
EC-B-25 = ½ mv2 = 3,41.107 j
EC-767 = ½ mv2 = 3,13.109 j
3,13.109 / 3,41.107 = 91,8
- « Les tours se sont effondrées en 10 secondes, ce qui montre une démolition contrôlée.»
Et l’inéluctable contrepoint de nos trois universitaires tombe comme un couperet : « En fait, ça a pris entre 15 et 25 secondes. Plus l'effondrement progresse et plus ça accélère en raison du poids des étages.»
Alors là, si j'ose dire, on touche le fond :
1- « entre 15 et 25 secondes » : voilà qui manque cruellement de précision pour un argument qui prétend contrecarrer un point fort du documentaire Loose Change. Les trois criminologues donnent-ils les fondements de cette fourchette de temps ? Non, bien entendu. La raison doit leur sembler tellement évidente… Encore plus évidente que le film dûment chronométré qui figure dans Loose Change…
2- Un corps soumis à la seule force de gravité chute selon une accélération qui peut être déterminée par une constante : g = 9,81m.s-2. Cette accélération du champ de pesanteur terrestre intervient en physique dans la formule :
d = -1/2 g.t² , soit (en valeur absolue) g = 2d / √t
où d est la hauteur du corps par rapport au sol, exprimée en mètres, et t le temps de la chute exprimé en secondes. On constate ainsi que l'accélération est fonction de la hauteur et du temps de chute… mais pas du poids (ni d'ailleurs de la masse) du corps en chute.
Cette formule n'est valable que si le corps est
soumis à une seule force, celle de la gravité terrestre. Dans le cas d'une tour
qui s'effondre de par le poids des étages supérieurs qui écrase les niveaux
inférieurs, ces derniers constituent une force qui oppose une résistance à
l'attraction terrestre. En conséquence, ces niveaux inférieurs n'accélèrent pas
la chute. Bien
au contraire, ils la ralentissent !
La méthode scientifique n'est pas juste un vocable, c'est un état d'esprit dont les auteurs ne font clairement pas montre dans ce document.
4 - Les raisons de ce naufrage
Ces erreurs méthodologiques sont symptomatiques d’un paradigme déficient en matière de recherches universitaires sur le terrorisme. Ainsi, au commencement, tout universitaire désireux de se spécialiser en ce domaine ne sait pas trop à quel saint de vouer. Son champ d’expertise est-il historique, géographique, juridique, sociologique, politique,…? Vous allez me répondre : « Ben voyons, donc ! C'est évident : on est dans le champ de la criminologie.» Certes, mais à quel champ universitaire va-t-on se référer en termes de méthodologie ? Quelle méthode de travail va-t-on suivre ?
En fait, le choix qui s’offre alors au criminologue n’est pas si large :
- soit une méthode scientifique, c’est à dire basée sur la formulation d’hypothèses mises à l’épreuve sur le terrain ;
- soit une méthode littéraire, qui repose sur la documentation préexistante, à laquelle ses travaux cherchent à s’intégrer.
Le choix opéré par les universitaires spécialisés en terrorisme se tourne naturellement vers la seconde méthode et ce, pour deux raisons. Tout d’abord, pour mettre à l’épreuve dans le monde réel ses propres hypothèses en la matière, il faut pouvoir être en contact avec le terrorisme de terrain. Cela est impossible à réaliser, à moins d’habiter sur un théâtre d’opérations terroristes ou d’être membre d’un service étatique de lutte contre le terrorisme. Ce qui n'est pas le cas pour la grande majorité des chercheurs en ce domaine.
Ensuite, le choix de la méthode littéraire implique une prise de risque minimum : moins le criminologue émet d’hypothèses, moins il a de chances de se tromper et de passer pour un incompétent.
J’estime pour ma part que cette option d’une moindre implication est le meilleur moyen de scléroser un champ d’études.
Dans le premier tome de Fondation, son
chef d’œuvre de science-fiction socio-politique, Isaac Asimov décrit
parfaitement ce phénomène de parésie universitaire : dans l’Empire décadent,
les autorités en matière d’archéologie préfèrent en effet se cantonner à lire
les ouvrages des archéologues classiques plutôt que d’aller explorer de
nouveaux horizons, sous prétexte que tout a déjà été dit et écrit. Asimov nous
explique clairement qu’il faut cesser de penser la recherche d’abord en
termes de références à la littérature et au contraire privilégier la méthode
scientifique proprement dite.
Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Et pas seulement dans les alcôves de l’Université de Montréal. J’imagerai mon propos d’un exemple vécu personnellement dans le cadre d’une formation sur le terrorisme dispensée, via Internet, par une université britannique spécialisée.
L’un de mes devoirs y consistait en la rédaction du portrait d’une organisation terroriste asiatique. Il se trouve que je connaissais ladite organisation… plutôt bien. Aussi, me suis-je permis de remplir mon essai d’informations de première main, qui ne sont pas disponibles sur Internet ni dans la plupart des ouvrages spécialisés. C’est ce que l’on appelle des informations de source grise, c'est-à-dire disponibles seulement sous certaines conditions mais légitimement. Je pensais que mon correcteur, un professeur britannique, allait apprécier mon approche pragmatique qui allait au-delà de bien des connaissances livresques de base largement disponibles.
Aussi, quelle ne fut pas ma surprise de constater que ledit professeur me reprochait précisément d’avoir livré de telles informations… sans donner de références dans la littérature ad hoc. Mais comment pouvais-je donc donner des références d’informations de source grise ?!
Jamais il ne semble être venu à l’esprit de mon correcteur que ce que j’avançais tenait la route. Jamais il n'a estimé approprié de se plonger lui-même dans la littérature afin d’analyser mes informations et d’en déduire leur validité ! Non, tout ce qu’il a vu, c’est que mes arguments n’étaient pas sourcés ! Autrement dit, il me reprochait d’avoir réfléchi par moi-même, plutôt que d’avoir adopté servilement les écrits des auteurs autorisés.
Attention : je ne dis pas qu’il ne faut pas lire ces auteurs. Je dis simplement que, une fois qu’on les a lus, il est possible et même salutaire de faire son propre chemin, de son côté, en formulant ses propres hypothèses et en cherchant à les démontrer.
Dans ce tableau comparatif des argumentaires, nos trois criminologues québécois ont choisi l’immobilisme. Et c’est terriblement regrettable.
Conclusion – Laisser le champ libre au conspirationnisme le plus échevelé
Sur une question aussi cruciale que la légitimité des thèses conspirationnistes à propos des attentats du 11 septembre, les universitaires préfèrent passer leur chemin sans même jeter un œil. Pourquoi un tel dédain de leur part ? La raison est double1 - Tout d’abord, si l'une des thèses conspirationnistes sur le 11 septembre devait s'avérer, cela ferait s'écrouler environ la moitié de la littérature universitaire consacrée au terrorisme depuis les attentats de 2001. Et un certain nombre de ces auteurs perdraient alors quasiment toute crédibilité... et tout subside étatique. Pire, on leur reprocherait rapidement de n'avoir pas fait correctement leur boulot en se contentant bien sagement de la version officielle.
On retrouve ici le même schéma de la part des universitaires pro-sectes. Ceux-ci refusent catégoriquement la possibilité d'une dangerosité sectaire car :
- ils prônent le contraire depuis des années et si l’on venait à prouver objectivement qu’ils se trompent, leur aura en prendrait un sacré coup ;
- il leur est insupportable d'accepter la possibilité que des individus lambda qui étudient les sectes sur le terrain, mais qui n'ont pas le quart de leurs diplômes puissent établir cette dangerosité.
Le moyen de défense est le même dans ces deux champs d’études : les universitaires font appel aux références entrecroisées des mêmes ouvrages, afin de donner l'illusion d'une littérature bien établie et insurpassable.
2 - Ensuite, une étude prouvant selon une vraie méthodologie scientifique que les arguments des conspirationnistes ne tiennent pas s’avèrerait une tâche considérable en termes de recherches. Certes, mais les universitaires ne sont-ils pas là pour cela ?
Le conspirationnisme prend parfois des tours inattendus. Au fil du temps, la version officielle d’un événement peut être malmenée, pour le meilleur ou pour le pire.
Ainsi, suite à la sortie sur les écrans de JFK en 1993, une nouvelle commission parlementaire américaine a été constituée et a conclu à la très probable présence d’un second tireur, ce que la thèse officielle avait toujours réfuté. Cette caution parlementaire ne valide pas pour autant la thèse du procureur Jim Garrison quant à un complot CIA+Mafia. Mais cela nous montre que certains arguments conspirationnistes peuvent être fondés.
À l’opposé, on trouve le conspirationnisme relatif à l’alunissage d’Apollo XI, qui prétend que l'homme n'a pas mis le pied sur la Lune en juillet 1969 mais que tout a été filmé sur terre en studio. Il existe de nombreuses variantes de ce mythe. L'un des sites les plus explicites sur ce point est sans nul doute celui de Philippe Lheureux. Pour tout un chacun, les photos reproduites et les explications données peuvent faire illusion et instiller le doute.
Jusqu’à ce que d’autres personnes se penchent sérieusement sur la question en usant d’une véritable méthodologie scientifique. Tel est le cas par exemple des sites Moon Hoax et Ufologie.net qui balaient la maison de paille du vilain petit cochon.
Entre d’une part :
- un historien des sciences, professeur agrégé titulaire de la chaire d'épistémologie à Harvard, qui nous dit : «C'est de la connerie. Point final.»
et d’autre part :
- un individu lambda qui nous livre un site Internet du niveau de Moon Hoax, il n'y a clairement pas photo quant à savoir lequel des deux mérite notre respect.
De telles recherches (personnelles ou universitaires) nous expliquent par a+b que tout cela n'est que pure affabulation.
En ce qui concerne le 11 septembre, on connaît déjà en ce sens la démarche d'auteurs hors université. Ainsi, Guillaume Dasquié et Jean Guisnel qui, dans L’effroyable mensonge, jouent au casse-briques avec les élucubrations de Thierry Meyssan. Mais nombre de faits dévoilés notamment par Loose Change méritent que l’on s’y attarde. Ce que j’attends de chercheurs universitaires spécialisés en terrorisme, c’est qu’ils nous dévoilent indubitablement les failles des théories conspirationnistes sur le 11 septembre.
Qu'un universitaire spécialisé, qui est payé pour faire des recherches et pour écrire sur le terrorisme, que cet universitaire laisse se répandre des thèses qu'il dit fausses et outrageusement choquantes m'apparaît comme un manque flagrant de vision et de courage.
Évidemment, si ses recherches devaient conclure à la véracité de la thèse officielle, il estime qu'il n'a rien à y gagner. Seulement le dédain de ses confrères qui ne manqueraient pas de se gausser en disant : « quelle perte de temps, on sait ça depuis des lustres.» Sauf que, là, au moins, ce serait démontré. Un universitaire qui se gargarise avec les mots rigueur scientifique et qui n'est pas foutu de prouver quoi que ce soit ne mérite pas de les prononcer.
À l'opposé, si l'on se fie aux théories statistiques, il y a certainement, quelque part parmi les milliers d'arguments avancés par la thèse officielle, certains développements qui peuvent être contestés en appliquant une méthode scientifique digne de ce nom. Un criminologue qui y parviendrait aurait droit à une certaine audience. Mais aurait-il le courage de défendre son travail devant des pairs sceptiques et railleurs ?
Durant cet atermoiement sans fin (sept ans déjà), les criminologues spécialisés en terrorisme laissent le champ libre aux rumeurs les plus effroyables. Du genre : « Tout le monde sait bien que, dans les tours du WTC, ce jour-là, il n'y avait pas de Juifs… On les avait avertis des attentats, c'est évident. Ils n'en ont rien dit aux goyim, qui ne sont pas du peuple élu.» Apparemment, ce genre d'âneries [1] ne choque personne à l'école de criminologie de l'Université de Montréal. Pour combien de temps encore ?
Mais ces mêmes criminologues laissent surtout le champ libre à d'autres membres de la communauté scientifique internationale qui, dans leur champ de compétences respectif, ont déjà exprimé leur désaccord avec la version officielle. Ainsi, le site conspirationniste Reopen911 publie notamment plusieurs documents qui reprennent les conclusions renégates d'experts scientifiques (professeurs d'université en physique, ingénieurs) et professionnel [2]. Les criminologues spécialistes du terrorisme ressemblent de plus en plus à ces vaches qui meuglent en regardant passer le train. S'ils veulent réagir, il va falloir le faire vite.
______________________________________________________
[1] Un grand nombre de Juifs figurent parmi les victimes des attentats du 11 septembre. Plusieurs listes partielles sont ainsi disponibles.
[2] Les documents compilés par le site Reopen911 visent également des professeurs de philosophie et de religion, des professionnels des médias de même que des proches des victimes. On conviendra que leur avis sur la question n'a proprement aucune portée scientifique en la matière.
Merci.Mais je n'ai que le début de ton commentaire. Que voulais-tu dire ? read more
on Le Joker, terroriste ultime