The Police - Certifiable : un DVD d'anthologie
C’est clair, l’actualité musicale n’est pas mon fort. Et ce n’est pas avec cette note que je vais réussir à vous convaincre du contraire. Me voici en effet prêt à vous entretenir du dernier album de The Police enregistré en concert.
Le groupe, formé en 1977, s’est séparé en 1984. Il y a 25 ans… À l’époque, j’affichais un léger sourire en coin quand un quadra me parlait avec nostalgie des Beatles. Et aujourd’hui c’est à moi de venir vous bassiner avec ce groupe-phare des 1970-80’s.
Cela dit, Les Beatles, ça reste quand même un monument, toutes générations confondues. Et je m’aperçois que The Police, ben… c’est pareil. En effet, quelle n’était pas ma surprise ces derniers mois d’entendre des jeunes (comprenez des moins de 30 ans) s’extasier devant des mélodies du trio, et en parler comme ils le feraient du dernier groupe à la mode.
Il est vrai que Montréal a accueilli The Police par deux fois, lors de leur fameuse tournée de Reunion débutée en 2007. Était-ce donc là un effet de mode, un phénomène purement montréalais ? Eh bien non. Pour s’en convaincre, il suffit de scruter le public du concert que The Police a donné à Buenos Aires (Argentine) en décembre de la même année : les spectateurs affichent une moyenne d’âge inférieure à 30 ans. Et il ne fait aucun doute qu’ils connaissent les chansons par cœur.
Ce concert argentin s’avère en effet celui qui est récemment sorti en vidéo. Le disque en ma possession a la bonne idée d’être un DVD Zone All, et donc lisible sur mon lecteur Blu-ray Région A (eh oui, j’ai fait le grand saut vers le rayon bleu il y a peu).
Et force est de constater que, sur la forme comme sur le fond, le concert est un enchantement.
Notons tout d’abord la qualité de l’image, véritablement incroyable : les contrastes et les effets lumineux propres aux concerts de rock sont toujours un casse-tête pour les algorithmes de compression. Et là, étrangement, tout est extrêmement fin, clair, brillant. Pas la moindre pixellisation. La propriété de certains lecteurs Blu-ray d’amélioration des images des DVD (upscaling) n’est pas qu’un simple argument marketing.
Le son n’est pas en reste. Si les effets ambiphoniques de la piste Dolby Digital 5.1 ne sont pas excessivement spectaculaires, il faut bien reconnaître qu’on est à un concert et qu’il est assez normal que le son vienne surtout de l’avant. Cela n’ôte rien à la qualité intrinsèque de la prise de son et du mixage, proprement hallucinants. On a beau se dire qu’on a fait des gros progrès en la matière au cours des dernières années, c’est la première fois que j’assiste à une telle reproduction sonore sur un DVD de concert rock. On regrettera juste que les voix des chœurs (Summers et Copeland) soient un peu trop en retrait.
Cette même qualité sonore met d’autant mieux en évidence le talent mélodique et harmonique d’un groupe qui, un quart de siècle après sa séparation, n’a passé que quatre mois en réorchestrations-répétitions avant de partir en tournée mondiale. Car on a beau regarder la scène, on n’y voit que 3 musiciens. Alors, évidemment, quelques rares morceaux font appel à des enregistrements (la flûte de Pan sur Walking on your footsteps ne surgit pas du néant). Mais pour le reste, on se demande bien comment on peut produire de tels morceaux sur scène avec seulement 3 instruments.
Et puis il y a ce syndrome « papy du rock » qu’on retrouve somme toute assez rarement chez des groupes nés dans les années 70. Je me souviens encore, les yeux humides, du fabuleux concert de Philadelphie en 1983, diffusé sur Antenne 2, en pleine nuit, dans le cadre de l’incontournable émission Les Enfants du Rock. Et aujourd'hui, l’énergie est intacte.
Certifiable est même l’occasion de redécouvrir un guitariste (Andy Summers, alors à l'orée de ses 65 ans) longtemps sous-estimé. Il démontre ici que son talent est proportionnel au carré de sa discrétion.
Sting est tout simplement impérial. À 56 ans, sa voix n’a pas rien perdu. Elle aurait même gagné en puissance. Et il a oublié d’être manchot à la basse !
Et puis évidemment, Stewart Copeland, peut-être le plus grand batteur-percussionniste de l’histoire du rock, dont la carrière solo fut aussi expérimentale que son passage à The Police fut brillant. L’option multi-angles sur King of Pain nous offre un pur moment de bonheur, focalisé sur le boulot incroyable de l’Américain cosmopolite derrière ses percus et sa batterie. À 55 balais ! On dira ce qu’on voudra, mais c’est quand même autre chose que Charlie Watts, le batteur sexagénaire des Rolling Stones !
On l’aura compris : The Police – Certifiable est incontournable pour les amateurs du groupe. Le coffret DVD (sorti aussi en Blu-ray) comprend également un documentaire exclusif sur la genèse et les coulisses de la tournée.
Et en prime, un double album CD, restitution stéréo du concert. De quoi vous repasser jusqu’à plus soif quelques-uns de ces réarrangements live particulièrement réussis.
Vos oreilles vont résonner longtemps du diptyque soigneusement entremêlé Can’t stand losing You / Reggatta de blanc : un classique instantané, dans lequel Andy Summers nous livre un riff récurrent irrésistible et complètement planant.
Quand la félicité tient sur un disque de 12 cm.