Un peu d’OS libre dans un monde totalitaire... Et inversement.
Un simple mot dans une liste de langages disponibles lors de l’installation d’un système d’exploitation.
L’OS : Linux
Le langage : le farsi.
Quel intérêt de parler de la version perse d’un OS alternatif ? Les Iraniens ont bien le droit de s’amuser aussi avec des logiciels libres…
En fait, la République des Mollahs fait plus que s’amuser avec Linux. Depuis 2001, elle a décidé de faire de Linux LE système d’exploitation de la République islamique.
En Iran, la quasi-totalité des ordinateurs tournaient alors sous Windows. Toutes les versions installées étaient piratées, évidemment : l'Iran est sous embargo américain ; et de toute façon, le pays ne connaît pas le droit sur la propriété intellectuelle…
Pourquoi vouloir migrer massivement vers Linux dans ce cas ? La raison principale est évidente : Windows, comme tous les programmes Microsoft, a un code source fermé, mais dont les agences d’espionnage américaines connaissent les failles. Les dirigeants iraniens ne veulent pas laisser à l’ennemi une chance de fureter dans leurs affaires d’État.
Le régime des Mollahs fait ici une application rigoureuse de la maxime de Claude Shannon : « L’ennemi connaît le système ». Cette maxime découle elle-même des travaux du cryptologue français Auguste Kerckhoffs qui, en 1883, expliquait qu’un cryptosystème ne doit reposer que sur le secret de la clé ; le fonctionnement du système lui-même doit être présumé connu de l’ennemi. C’est le concept de sécurité par la transparence.
À l'opposé, on trouve la sécurité par l'obscurité, prêchée notamment par Microsoft, qui pense que si personne ne peut voir le code de Windows, cela rend plus difficile les actes pernicieux à son encontre. Mais lorsque les autorités d’un seul État ont accès au code source du programme le plus vendu au monde, le mot espionnage résonne d’un écho particulier.
Personnellement, je suis de ceux qui pensent que rendre public le code source d’un OS lui confère une plus grande sécurité. Les dirigeants iraniens aussi apparemment. Pour eux, Linux constitue un impératif de sécurité nationale depuis des années. L’article sur lequel je suis tombé récemment date de 2004. Pourquoi en parler aujourd’hui ? Parce qu’en février dernier, la République populaire de Cuba annonçait le lancement d’un programme national visant à installer, sur un maximum d’ordinateurs au pays, l’OS baptisé Nova, basé lui aussi sur Linux. Les raisons de cet engouement cubain pour l’OS libre sont exactement les mêmes qu’en Iran.
À cette différence près qu’à Cuba, Windows est actuellement installé sur 80 % des ordinateurs. Ce qui représente déjà un taux plutôt faible. Mais la vente d’ordinateurs au public sur l’île ne date que d’un an ! Autrement dit, dans quelques années, les Cubains équipés en informatique tourneront sous Linux dans une proportion de 90 %. Un taux inimaginable dans les pays capitalistes.
Des capitalistes qui continuent de manquer le bateau. Car pendant ce temps-là, La Presse nous apprend que, en vertu d’un contrat de 1,32 M$ (soit 1 800 licences), les commissions scolaires de Montréal devront toutes passer sous Microsoft Office 2007. Bien sûr, le contrat a été conclu sans appel d'offres préalable !
Quand on sait que 90 % des utilisateurs d’Office 2003 emploient 10 % de ses fonctionnalités, on reste interdit devant cette fuite en avant proprement ridicule. Quel intérêt de passer sous Office 2007 pour l’écrasante majorité des utilisateurs de bureautique qui se satisferaient TRÈS largement d’une suite comme l’excellent OpenOffice ? Surtout quand cette dernière affiche un prix de 0 $ par licence !
Comment expliquer que l’on préfère dépenser des millions de dollars en licences pour une suite logicielle qui va, en plus, nécessiter des millions de dollars en formation de personnel ? Car on ne passe pas de 2003 à 2007 comme on est passé de 2000 à 2003. En effet, Office 2007 repose sur une interface totalement différente qui va en perturber plus d’un. Les lois de résistance au changement vont jouer à plein dans les bureaux.
Non pas que l’interface d’Office 2007 soit mauvaise. Je la trouve personnellement très intéressante. Mais c’est parce que j’ai le temps et l’envie de l’explorer et d’en découvrir peu à peu les avantages. Ce n’est pas le cas de 90 % de mes congénères, pour qui un ordinateur reste un ordinateur. Instaurer Office 2007 dans de telles conditions sera un échec. Les utilisateurs lambda vont réclamer à corps et à cris qu’on leur rende leur Office 2003. Et d’ici là, c’est Office 201X qui sera dans le collimateur.
Cela dit, les commissions scolaires de Montréal ne sont pas les seules s’être foutues dedans. Le ministère français de l’éducation nationale est tombé encore plus bas puisqu'il a passé un accord avec Microsoft pour la fourniture gratuite d'Office 2007 à tous les enseignants. En termes marketing, on dit que Microsoft a réussi à mettre le pied dans la porte. Et ce faisant, le ministère français se comporte en administration de république bananière.
Le gros problème du système Microsoft, ce n’est même pas la qualité des produits. C’est bien plus l’agressivité de ses commerciaux, véritables vendeurs d’aspirateurs de nouvelle génération, formés à faire prendre des vessies pour des lanternes aux ménagères… pardon aux gestionnaires des grandes entreprises et autres institutions. Et ce, à n'importe quel prix.
Ce que cette modeste chronique tente de mettre en évidence, c’est le paradoxe qui se fait jour. Le monde libre (comprenez : le monde non communiste, non intégriste… Le monde capitaliste, quoi…) est tombé dans le piège du monopole d’État qui annihile la pensée de l’individu. Pendant ce temps-là, des pays totalitaires (et non des moindres) se tournent vers le logiciel libre.
Et là où le paradoxe devient véritablement sublime, c’est lorsque l’on s’aperçoit qu’en France, parmi les plus prompts à migrer vers Linux, on trouve la Gendarmerie nationale. Autrement dit, des militaires. Comme quoi la Grande Muette peut être une petite futée.
Avec Linux, les apparences sont décidément trompeuses.
Ah, juste comme ça, en passant : dans deux semaines, sort la version 9 d’Ubuntu, la distribution Linux complète la plus simple qui soit mais aussi l’une des plus efficaces. Ça vous intéresse de télécharger gratuitement votre OS, de le graver sur un CD et de le tester (sans rien installer – vive le LiveCD), voire de l’installer pour de bon sur votre bécane ? Essayez donc sur votre vieux PC, celui qui est bon pour la casse mais que vous gardez pour une raison qui vous dépasse. En fait, cette raison s’appelle Linux. Évidemment, votre distribution Ubuntu installe en même temps OpenOffice, Mozilla Firefox (LE navigateur Internet), Mozilla Thunderbird (client de messagerie), j’en passe et des meilleures.
Vous pensez que Linux :
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c'est juste bon pour les fondus d'informatique,
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c'est impossible à installer,
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c'est la croix et la bannière pour configurer ses périphériques,
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c'est pas pratique pour faire de la bureautique ou de l'Internet ?
Vous allez avoir des surprises…
À très bientôt donc, pour voir votre ordinosaure soudain sortir de l'âge de pierre.
Et pour pas un rond...