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Tout d'abord parce que Zack Snyder est un réalisateur à surveiller, notamment pour sa propension à intégrer avec style les dernières techniques d'imagerie virtuelle. Pour s'en convaincre, on se reportera à 300, sa récente adaptation de la bataille des Thermopyles.
Mais aussi et surtout parce qu'il s'agit là d'une nouvelle occasion de voir portée à l'écran une bande dessinée éponyme d'Alan Moore. L'homme appartient en effet à cette race en voie d'extinction que sont les grands auteurs de comic books.
Petite précision terminologique : un comic book est une bande dessinée américaine. Mais comme ces deux vocables ont des relents un peu trop plébéiens, des amateurs autoproclamés de vraies (?) bandes dessinées ont inventé le terme roman graphique (graphic novel).
C'est quoi un roman graphique ? Juste une bande dessinée qui n'ose pas dire son nom. Parce que certains amateurs de BD ont bien trop honte d'avouer en public qu'ils aiment les livres-avec-des-images-et-des-bulles-dedans. En revanche, déclamer que l'on est un spécialiste en romans graphiques, tout de suite, ça pose son homme…
Dans le même ordre d'idée, chez les bien-pensants critiques artistiques du Monde ou des Inrockuptibles, les livres de Clamp, c'est du manga (« Ooouuuuh, que c'est laid, puéril, vilain pas beau »). Mais l'intégrale de Jiro Taniguchi, c'est du roman graphique (« Wouah, maximum respect !»). Mais cela est une autre histoire…
Revenons à Alan Moore et à ses Watchmen.
Les Watchmen sont un groupe de justiciers masqués en costume bariolé qui, dans les années 1970, ont œuvré afin de lutter contre le crime et, accessoirement, de préserver l'Amérique de toute entreprise séditieuse. Utilisés par le pouvoir en place, ils ont notamment éviter le scandale du Watergate. De fait, nous voici en 1985 et Nixon est toujours au pouvoir. Pour calmer la contestation naissante dans les rues des métropoles, le gouvernement a finalement promulgué une loi interdisant les pratiques de ces mêmes justiciers.
Tout semble pour le pire dans la pire des Amériques possible. Jusqu'à ce que l'un de ces anciens mercenaires costumés soit balancé du 10ème étage par la fenêtre de son appartement. L'un de ses ex-confrères décide d'élucider ce meurtre. Il cherchera de l'aide auprès d'anciens frères d'armes et ensemble ils mettront à jour un complot d'une ampleur prodigieuse.
La bande dessinée d'Alan Moore (scénario) et Dave Gibbons (dessins) comprend 460 pages grandioses. Au même titre que le Sin City de Frank Miller, Watchmen constitue une œuvre majeure de la BD américaine. Mais aussi de la littérature : en 2005, le Time Magazine faisait figurer le comic book de Moore et Gibbons parmi les 100 plus grandes œuvres littéraires depuis 1923 (date de création du magazine).
Autant dire que le réalisateur Zack Snyder s'est attaqué à forte partie. De fait, d'aucuns redoutent que Moore soit une nouvelle fois mal porté à l'écran, comme ce fut le cas avec V pour Vendetta et, dans une moindre mesure, From Hell. (Personnellement j'aime beaucoup l'adaptation de La ligue des gentlemen extraordinaires. Mais cet avis est assez peu partagé). D'autres émettent certaines réserves quant à la qualité du scénario, arguant du piètre script de 300, le précédent film de Snyder.
Mais il semble que ces craintes soient infondées. En effet, le scénariste de Watchmen-le film n'est autre que David Hayter, par ailleurs auteur des films X-Men 1 et 2. C'est tout dire.
On peut toujours chercher des poux dans la tête de Snyder en s'en prenant à la direction artistique de son film. Ainsi, les couleurs délavées de la BD en faisaient une œuvre éminemment glauque, tandis que le film recourt à une image clinquante qui aurait tendance à faire du film une vidéo de démo pour TVHD 1080p.
Par ailleurs, on pourra regretter que les costumes des Watchmen aient été redessinés. Ceux de la BD faisaient certes un peu pitié : le but des auteurs étaient clairement de donner aux justiciers un aspect suranné : au moment où débute l'histoire, nos héros ont fait leur temps.
Mais on devine que Snyder adore ces personnages et qu'il veut leur redonner toute leur dignité en leur conférant un charisme absent de l'œuvre originale. Seule exception notable : Rohrschach, le vengeur au pardessus et petit chapeau, pourvu d'un masque aux taches mouvantes : il ne fallait effectivement pas toucher à cet apparat simple qui faisait toute l'originalité du personnage.
Le pari de Snyder est audacieux. Mais au simple visionnement de la bande-annonce, il semble d'ores et déjà gagné.
J'ai déjà écrit ici tout le bien que je pense de la résurrection de la franchise Bond, incarnée par l'ultra charismatique Daniel Craig. Casino Royale de Martin Campbell n'est pas seulement le meilleur épisode de la série. C'est aussi et surtout un grand film. Point final.
007 Quantum (en français de France : Quantum of Solace) de Marc Forster en est la très exacte suite, écrite par les trois mêmes scénaristes, reprenant les mêmes personnages (et acteurs) récurrents (Félix Leiter, René Mathis, M. White,…). On ne s'étonnera donc pas que, selon moi, les deux volets se complètent, s'équivalent.
L'affaire est entendue. Il n'y a guère de raisons de s'étendre sur la question via un article sur ce blogue. Mais voilà que je tombe par hasard sur la critique du James Bond n˚22 parue dans l'édition du 30 octobre dernier du quotidien français Le Monde. L'auteur : un certain Thomas Sotinel. Son problème : avoir écrit la critique la plus conne que j'aie lue depuis un bon moment.
Rarement on a pu constater avec autant d'évidence que les critiques institutionnels ne regardent pas les films qu'ils sont payés pour aller voir. Si vous ne savez pas à quoi ressemble une critique écrite par un gars qui a passé la moitié du film aux toilettes ou à reconfigurer son iPhone, je vous conseille la lecture de ce ramassis de fariboles.
Il est vrai que ce Monsieur Sotinel est une pointure dans le landerneau de la critique cinématographique. Il écrit dans la rubrique Cinéma du journal Le Monde depuis 2000. Avant cela, il était un spécialiste de l'Afrique noire à la rubrique… Politique internationale. Un peu comme si j'avais écrit une rubrique hebdomadaire dans La Croix sur les obédiences paléochrétiennes dans les pays de la Cordillère des Andes puis que je venais vous donner des leçons en physique quantique.
Alors, évidemment, c'est une chose de dire que Sotinel est un crétin de critique. C'en est une autre de le prouver. Aussi vais-je m'y employer dans les lignes qui suivent.
Le texte du Sot-Tinel commence fort : une citation inexacte des dialogues du film. Sans doute la malchance de l'expert…
Il poursuit ainsi : « Que le client se rassure, Quantum of Solace est aussi livré avec son lot de tueries et de destructions. (…) [Le film] frustera aussi bien ceux qui aiment leur 007 saignant que les amateurs d'espions modernes (…) »
En l'espace de quelques lignes, Sotinel dit donc une chose et son contraire.
Mais la même phrase contient bien d'autres bêtises, quant aux « espions modernes pétris de contradictions dont le principal représentant est Jason Bourne, le héros amnésique.»
Là, il va falloir m'expliquer en quoi Jason Bourne est un espion moderne pétri de contradictions, sachant que :
- Bourne n'est plus un espion : durant les 3 films de la saga (cf. ci-contre), il est un homme en cavale qui lutte contre les espions de la CIA qui veulent le flinguer.
- En fait, il n'a même jamais été un espion : il était un tueur appointé, entraîné et mentalement traficoté par les scientifiques déjantés de la CIA. Un espion espionne et, éventuellement, quand il y est autorisé (c'est à ça que sert l'accréditation double zéro au MI-6), il peut estimer nécessaire de flinguer. Un tueur flingue celui qu'on lui ordonne de flinguer. D'où la nécessité de le manipuler pour éviter qu'il ne se pose des questions existentielles.
- Comment peut-on être pétri de contradictions quand on est amnésique ?
Sotinel continue son répertoire des soi-disant faiblesses de 007 Quantum : « Pendant [la course de chevaux dans les rues de Sienne], le montage est haché, la caméra tressaute, la lumière est naturaliste » Oh, juste un détail en passant : le montage est haché, la caméra tressaute et la lumière est naturaliste dès la toute première séquence du film. On y assiste à une fusillade-course-poursuite en voiture, filmée de façon fort intéressante quoiqu'un peu brouillonne. M. Sotinel serait-il arrivé à la projection avec quinze minutes de retard ? Je n'en serais guère surpris.
Reprenons : « Le montage est haché, la caméra tressaute, la lumière est naturaliste. Pas besoin d'être psychiatre pour établir le diagnostic : James Bond souffre d'un complexe d'infériorité face à Jason Bourne.»
Pas besoin d'être critique pour jouer au psychanalyste : Sotinel souffre du complexe de supériorité du critique qui n'a jamais tenu une caméra de sa vie, n'a jamais écrit le moindre scénario, ne fait pas la différence entre un panoramique et un travelling. Mais qui a lu Sartre, Bourdieu et Deleuze et qui sait donc tout mieux que tout le monde en matière de cinéma.
De fait, cette comparaison avec les 3 films de la franchise Jason Bourne est rien moins que ridicule. Tout d'abord, le montage des 3 Jason Bourne n'est pas haché. Et si la caméra tressaute, ce n'est que dans les opus 2 et 3. Pourquoi ? Parce qu'ils sont réalisés par Paul Greengrass. Mais si les images de Greengrass tressautent, c'est parce que ces 2 films sont tournés intégralement en caméra portée. Et cela, Sotinel ne l'a pas remarqué.
Mais peut-être Sotinel parle-t-il de la supériorité des Jason Bourne sur le plan scénaristique. Mais dans ce cas, la confusion m'étreint. Car, personnellement, la pertinence dramatique des Jason Bourne 2 et 3 m'échappe. Souvenez-vous : on sait depuis La mémoire dans la peau (le premier épisode) que Jason Bourne a été un tueur de la CIA conditionné à cette tâche par des techniques répugnantes de manipulation mentale. Dans les épisodes 2 et 3 (qui forment en fait un seul et même film), Bourne continue à fuir ses agresseurs avant de se décider à contre-attaquer. Et l'épisode 3 se termine par Bourne découvrant, ô surprise, qu'il a été… un tueur de la CIA conditionné à cette tâche par des techniques répugnantes de manipulation mentale. Oui, vous avez bien lu. Redondance : maximale. Profondeur thématique : zéro absolu.
Il fallait bien l'incompétence d'un journaliste du Monde pour proclamer aussi péremptoirement (et faussement) la supériorité de Bourne sur Bond.
Mais le susmentionné Sotinel ne s'arrête pas là dans son inepte comparaison : « Ce souci de n'être pas assez moderne travaille tout le film [007 Quantum] ». Mais là encore, force est de constater que, techniquement parlant, le travail de Marc Forster sur Quantum est à des années-lumière de celui de Paul Greengrass sur Jason Bourne 2 et 3. Dans cette poursuite engagée par James Bond sur les toits après la susmentionnée course de chevaux dans les rues de Sienne, Forster fait montre de compétences rares en matière de réalisation et de montage. Certains raccords dans le mouvement, certains cadrages et mouvements de caméra sont tout simplement fabuleux.
À côté, Paul Greengrass fait pitié, lui qui ne s'est pas cassé la tête sur Bourne 2 et 3. Il a en effet repris la même recette que dans Bloody Sunday (2002), le docu-fiction sur la fameuse émeute de 1972 à Derry (Irlande du Nord). C'est ce film qui lui a ouvert les portes d'Hollywood. Voilà bien le nœud gordien. Pour le journaliste du Monde, l'affaire est entendue : Greengrass est un artiste engagé. Il est donc forcément meilleur réalisateur que Forster, suisse et éclectique (comprenez : un mercenaire, un tâcheron). Et Sotinel sait de quoi il parle : il écrit des critiques de films façon intellectuel de gauche. Dès lors, pourquoi s'intéresserait-il au montage et à la réalisation, ces deux scories ?
Sur le plan du scénario, l'affirmation tranchante du critique est encore plus navrante : Quantum est en fait outrageusement plus moderne que les Jason Bourne. Pourquoi ? Parce que La mémoire dans la peau 1,2 et 3 est intemporel : il s'agit de la longue cavale d'un ex-tueur amnésique qui lutte pour sa vie. Quantum of Solace, en revanche, inscrit son histoire dans un cadre géopolitique on ne peut plus contemporain : la tentation des États-Unis de contrer d'éventuels régimes socialisants de type vénézuélien émergeant sur le continent américain.
Sotinel poursuit : « Le méchant [Dominic Greene] veut bien sûr devenir maître du monde.» Ceux qui ont vu le film (ce qui exclut à l'évidence le critique du Monde) savent que ce n'est pas l'objectif du personnage interprété par Mathieu Amalric.
« Voilà où en est James Bond : à lutter contre l'impérialisme américain, à soutenir la fraction proeuropéenne du gouvernement britannique.» Mon Dieu, quelle horreur ! Un James Bond original et bigrement sensé ! Il y a là de quoi perturber un critique inapte.
« Les costumes de Bond jurent avec les tenues quechua traditionnelles » Là encore, Sotinel ne semble pas avoir vu dans quel état déplorable se trouve le costume de Bond lorsqu'il croise les Quechuas, au fin fond de la Bolivie. Dans ces conditions, ledit costume ne jure vraiment pas...
Le critique du Monde termine sa logorrhée par une ânerie de toute beauté : « Un homme apaisé mérite-t-il encore son permis de tuer ? » Peut-être Thomas Sotinel a-t-il oublié le flegme de Sean Connery, de Roger Moore et de Pierce Brosnan, qui n'ont pourtant jamais perdu leur permis de tuer. Contrairement à Timothy Dalton qui a précisément vu le sien révoqué lorsque la colère l'a conduit à utiliser sa mission pour assouvir une vendetta personnelle (Permis de tuer, 1989).
Mais bon, on ne va pas en plus demander à un critique qui écrit sur les films de James Bond de connaître les films de James Bond ! Sinon, où irait Le Monde ?
Le second film réalisé par Guillaume Canet, Ne le dis à personne, est impressionnant à plus d'un titre.
Son casting tout d'abord : Dussolier, Rochefort, Baye, Scott-Thomas, Berléand, Croze, Cluzet.
La direction d'acteurs ensuite. Certes, Canet n'a pas su tirer tout profit de deux monstres sacrés. Ainsi, André Dussolier est parfois en surjeu (un comble) ; quant à Jean Rochefort, il n'est pas parfaitement en ligne avec son personnage, mais plier le moustachu à ses désirs confine souvent pour le metteur en scène au travail de titan (cf. interview de Francis Veber in La saga Pignon, DVD du film Le Placard). En revanche, pour le reste de la distribution, c'est du tout bon. Mention spéciale à Nathalie Baye et surtout François Cluzet qui, pour la première fois de sa carrière, ne fait pas du François Cluzet. On est loin de ses prestations sympathiques mais régulièrement décalquées d'un film à l'autre (pour résumer le reste de sa carrière, voir l'excellent Associations de malfaiteurs de Claude Zidi). Entre les mains de Guillaume Canet, Cluzet explose.
Mais ce qui impressionne le plus est sans le moindre doute le sens de l'adaptation dont font preuve Guillaume Canet et son co-scénariste Philippe Lefebvre.
Car le livre d'Harlan Coben est d'une complexité redoutable. Bien des auteurs français seraient tombés dans le piège du film de 3 heures sérieusement alambiqué. Canet, lui, fait simple. En deux heures, il livre un script toujours clair, ne se prend jamais les pieds dans les nombreux flashbacks (ça, c'est un signe) et présente une floppée de personnages toujours parfaitement caractérisés (ça, c'en est un autre).
Seule fausse note (c'est le cas de le dire) : la musique de M sent l'accroche marketing à plein nez. Mais surtout, à vouloir faire branchouille à tout prix, la production a engagé le musicien phénomène du moment - M au générique, c'est 300 000 spectateurs de plus assurés - sans s'être demandé si le choix était judicieux. La réponse est clairement non.
Si l'on avait pu croire que le succès d'estime de Mon idole, première réalisation de Guillaume Canet, relevait de la chance du débutant, on sait aujourd'hui qu'il n'en était rien. Au rayon Thriller français qui a quelque chose à raconter, Jacques Audiard a enfin de la concurrence.
Adapté lui aussi d'un polar signé par un écrivain à succès (Fred Vargas, autre auteur branchouille à souhait), le scénario écrit à dix mains (déjà, ça, ce n'est pas bon signe...) cumule des personnages proprement ridicules, des situations abracadabrantes, des données scientifiques erronées. Je ne parle même pas de la façon de dépeindre la Police nationale qui relève du grotesque le plus échevelé. A côté, 36, Quai des Orfèvres, c'est parole d'évangile (c'est dire...). Ajoutez à cela des dialogues à se taper le cul par terre de niaiserie, et vous avez déjà une bonne idée générale du film.
Mais ce n'est pas tout. Car côté réalisation, ce n'est guère plus reluisant. La direction d'acteurs est épouvantable (de la part de celui qui a quasiment appris à jouer à Catherine Deneuve, c'est un comble). José Garcia est mauvais, Lucas Belvaux itou, Michel Serrault (oui, Michel Serrault !) n'est pas bon. A part Olivier Gourmet, c'est un zéro pointé. Quant à la mise en scène erratique, elle porte à son comble un agacement qui nous rappelle pourquoi, parfois, on n'aime vraiment pas le cinéma français. En deux mots : un navet.
- le rôle tenu par Divine (l'égérie travestie de Waters) est ici repris par John Travolta, lequel est scientologue;
- la scientologie est une religion homophobe;
- donc Travolta est homophobe.
Mais voilà que cette semaine, c'est reparti ! On met deux thunes dans le bastringue et on rejoue la même cacophonie.
Cette fois-ci, c'est un autre acteur scientologue qui se trouve en première ligne : Tom Cruise est l'interprète principal et le producteur exécutif de Valkyrie, le prochain film de Bryan Singer, dont le tournage vient de commencer en Allemagne.Le film raconte l'histoire authentique du complot fomenté contre Hitler en juillet 1944 par des officiers supérieurs de la Wehrmacht. L'échec de cet attentat à la bombe rendit inopérante l'opération Walkyrie qui consistait en un coup d'État pour renverser le régime nazi. Les principaux conspirateurs avaient été rapidement arrêtés et exécutés au siège de l'armée de réserve de la Wehrmacht, le Benderblock.
Mais voilà que le ministre allemand de la Défense a fait savoir qu'il ne permettra pas le tournage du film Valkyrie dans le Bendlerblock « si le Colonel Claus von Stauffenberg est interprété par Tom Cruise qui a publiquement déclaré être un membre de la secte de scientologie. (...) D'une manière générale, l'armée allemande porte un intérêt particulier au sérieux et à l'authenticité de la représentation des événements du 20 juillet 1944 et de la personnalité de von Stauffenberg.»
On notera l'incohérence du propos : le fait même pour Tom Cruise d'être scientologue rend l'intégralité du projet incompatible avec la réalité historique. Et cela sans que personne au ministère n'ait lu le scénario ! La preuve : selon son porte-parole, le ministère de la Défense n'aurait pour l'heure reçu aucune demande d'autorisation de tournage (et n'a donc aucune raison d'obtenir copie du script)...
La dernière fois qu'on avait assisté à un tel étalage de bêtise, c'était en 1992, lors du tournage de La liste de Schindler : les autorités polonaises n'avaient pas autorisé Steven Spielberg à tourner librement sur le site du camp de Auschwitz. Comme elles ne pouvaient pas décemment interdire de tourner sur les lieux sous peine de passer pour des crétins antisémites pure race, leur interdiction avait porté sur l'intérieur du camp de concentration, pour des raisons de dignité et de protection d'un site appartenant au patrimoine de l'Humanité, patati patata.
Raison inavouée : Spielberg est juif, il fait un film sur l'Holocauste en Pologne, donc les autorités polonaises vont s'en prendre plein les dents pour leur rôle dans la déportation massive des israélites. Dans ces conditions, autant emmerder Spielberg au maximum, afin de le pousser à aller filmer ailleurs. Il en fallait plus pour décourager le réalisateur, qui trouva une solution pour rouler le gouvernement polonais dans la farine : Spielberg fit construire des bâtiments identiques à ceux du camp du côté extérieur de la clotûre; il filma ensuite le train de déportés sortant du camp pour donner l'impression qu'il y entrait ! À crétin complet, malin et demi.
Bref, 15 ans plus tard, de l'autre côté de la ligne Oder-Neisse, dans les administrations, on est tout aussi con. Voire plus.
Soyons clair : on ne peut pas me taxer de sympathie envers l'Église de scientologie. En effet, j'ai conclu ma thèse de doctorat en droit en déclarant que chaque organisation de scientologie en France « s'inscrit dans une opération de criminalité organisée (et) présente un caractère de dangerosité accrue ». (§ 914, p. 523). Si je n'avais fait que l'écrire, je croulerais encore sous les procès. Mais comme j'ai eu le mauvais goût de le démontrer, les attaques de l'Église de scientologie de Paris se sont faites par la petite porte.
Bref, s'il y a quelqu'un ici qui n'apprécie pas l'Église de scientologie, c'est bien moi. Mais voilà bien longtemps que je crie à qui veut l'entendre (et ça ne fait pas grand monde...) que les méthodes politiquement et médiatiquement prônées pour s'attaquer aux sectes nocives en général (et à l'Église de Scientologie en particulier) sont effroyablement mauvaises.
Et la position du ministère allemand de la Défense en est aujourd'hui un nouvel exemple criant : l'administration fédérale boycotte le film sous prétexte que permettre le tournage dans un des sites du ministère reviendrait à participer à l'opération de propagande pro-scientologie que Tom Cruise ne manquera pas d'orchestrer dans le cadre de ce film.
Mais qu'entend-on par là ? Quelles formes prendrait donc cette campagne de propagande ? Il me semble nécessaire de distinguer ici deux situations très différentes (quoique non exclusives l'une de l'autre):
1) Un influent acteur-producteur se sert du film lui-même pour faire passer un message scientologique
C'est ce qu'a fait le très scientologue John Travolta par deux fois.Une première fois, de manière plus ou moins discrète, avec Phénomène de Jon Turtletaub (1996) : feu Xavier Pasquini en avait fait à l'époque un excellent compte-rendu dans Charlie-Hebdo.
La seconde fois, ce fut avec la subtilité d'un éléphant dans un magasin de porcelaine : Terre Champ de bataille, réalisé par Roger Christian d'après l'oeuvre de SF de L. Ron Hubbard est une co-production de John Travolta, lequel a mis 10 ans à monter le projet.
Vous avez détesté le livre ? Vous exécrerez le film, navet intergalactique qui se classe haut la main dans le Bottom 10 des plus mauvais films de l'histoire du cinéma. Ce n'est pas une façon de parler : voyez le film et vous m'en direz des nouvelles... D'ailleurs, s'il s'est crashé au box-office, ce n'a pas été pas en raison d'un appel au boycott mais grâce à des critiques et un bouche-à-oreille désastreux.Tom Cruise, pour sa part, a récemment fait état d'un projet de film basé sur une oeuvre de SF de L. Ron Hubbard. Mais il n'a pour l'heure jamais monté de film faisant l'apologie de la Scientologie.
Et là vous allez rétorquer : « Et Le Dernier Samouraï, alors ?» Eh oui ! Ben non. Ce film a effectivement fait l'objet d'un appel au boycott lors de sa sortie en salles, sous prétexte qu'il faisait l'apologie de la Scientologie. Des "experts" en auraient même convenu. Le texte le plus détaillé sur ce point est sans le moindre doute un article de France-Soir co-écrit par Me Jean-Pierre Jougla, vice-président de l'UNADFI (principale association française d'information sur les sectes).Je m'empresse de signaler que je connaîs personnellement et apprécie Me Jougla que je considère comme l'un des meilleurs praticiens du droit français sur le phénomène sectaire; je partage d'ailleurs nombre de ses avis en la matière. Mais en ce qui concerne le background scientologique du Dernier Samouraï, je suis en complet désaccord avec lui.
Il n'entre pas dans mon propos de faire ici la critique point par point de ce texte, Aussi me limiterai-je à trois remarques :
- les arguments avancés par Me Jougla pourraient être transposés intégralement à toute religion autre que la Scientologie. Par ailleurs, nombre des points qu'il soulève s'expliquent par une étude rudimentaire des arts martiaux japonais et des techniques d'écriture dramatique;
- Le Dernier Samouraï est un film co-écrit, co-produit et réalisé par Edward Zwick, qui a un CV suffisamment étoffé pour ne pas avoir à subir les diktats de son acteur principal;
- Tom Cruise n'est pas co-scénariste du Dernier Samouraï. Quant à sa casquette de producteur sur ce film, elle était considérablement moins influente qu'on a bien voulu le dire. Primo, Cruise n'est pas producteur du film à titre personnel. Secundo, Cruise/Wagner, la société de Tom Cruise n'est que l'une des 4 maisons de production engagées dans la création du film. Et aucune des 3 autres n'a de lien notoire avec la Scientologie. Voilà de quoi empêcher que Cruise ne saupoudrât le film de concepts scientologiques.
2) Un influent acteur-producteur se sert des à-côtés du film afin de faire de la propagande pour la Scientologie
Tom Cruise a effectivement utilisé la campagne de publicité du Dernier Samouraï pour faire l'apologie de se religion. Il a ainsi répété à l'envi que le bouddhisme était « l'ancêtre de la Scientologie». La belle affaire ! C'est écrit dans tous les ouvrages de vulgarisation de scientologie.
Interviewé sur France-Info à l'occasion de la sortie du film en France, j'avais expliqué que Tom Cruise était ce que les scientologues appellent une "célébrité" et qu'à ce titre, son rôle était d'utiliser toutes les opportunités qui s'offraient à lui pour présenter publiquement la Scientologie sous un jour favorable. J'avais ajouté que la campagne de publicité pour la sortie du film était l'une de ces opportunités, mais pas le film lui-même. Cette dernière partie avait été coupée au montage : elle faisait apparemment désordre dans le tableau que la journaliste voulait dépeindre.
Tom Cruise a poursuivi son opération de propagande sur le tournage de La Guerre des Mondes de Spielberg. Le propos du film n'a rien de hubbardien. Sauf à voir dans les méchants extraterrestres de Spielberg les réminiscences des Psychlos, Voltariens et autres Xénu. Mais ce serait alors considérer que Hubbard a plagié H. G Welles, message que les scientologues n'ont pas tellement intérêt à véhiculer. Cela n'a pas empêché Cruise de faire installer sur le tournage une tente dans laquelle des scientologues pratiquaient des massages sur les corps endoloris de membres de l'équipe du film.
Quid de Valkyrie ?
- Tom Cruise prépare-t-il ici un film scientologique ? Y aura-t-il un message hubbardien subliminal ?
Compte-tenu du CV de Bryan Singer, il est évident qu'il ne va pas signer pour un film sans en avoir par contrat un contrôle quasi-total et qu'il ne va pas laisser son acteur principal instiller des propos hubbardiens dans le scénario.
D'autant plus que Cruise n'est pas l'un quatre producteurs du film, mais l'un des deux producteurs exécutifs. Or, un producteur exécutif n'est pas impliqué dans le processus technique ou créatif du film, mais uniquement dans des aspects généraux de la production tels que les questions commerciales ou juridiques.
- Tom Cruise va-t-il se servir de la production et de la sortie de Valkyrie pour en remettre une louche sur les bienfaits de la Scientologie ?
Je ne pense tout simplement pas que Valkyrie soit un film qui permette à Cruise de jouer les propagandistes de la scientologie. Le sujet est trop délicat : l'Allemagne nazie, la persécution des Juifs. Que Tom Cruise livre à la cantonnade les vertus anti-nazies de L. Ron Hubbard et il aura à essuyer une volée de bois vert des institutions juives partout dans le monde. Comme campagne de relations publiques, on aura connu mieux...
Bref, Valkyrie présente un risque quasi-nul de voir Tom Cruise déraper. Mais il n'en faut pas plus pour qu'un ministère fédéral allemand appele au boycott du film. Tom Cruise tourne trois ou quatre films par an. Pourquoi ne vouer aux gémonies que ce film et pas les autres ?
Tout simplement parce que Valkyrie concerne l'Allemagne. Or, depuis 12 ans, il s'agit du pays d'Europe le plus farouchement opposé à l'Église de Scientologie. Le gouvernement fédéral a placé l'organisation de L. Ron Hubbard sous la surveillance de l'Office de protection de la Constitution, sorte de FBI mâtiné de US Secret Service. Personnellement, je ne vois là rien de scandaleux. Les églises de scientologie sont suivis par les services de renseignement dans d'autres pays d'Europe, à commencer par la France.
En revanche, certains gouvernements fédérés ont choisi de marquer au fer rouge les scientologues : ainsi, dans le Land de Bavière, il leur est interdit d'entrer dans la fonction publique s'ils n'abjurent pas leur foi. Et ça, c'est vraiment n'importe quoi !
Aujourd'hui, l'administration fédérale de la Défense s'en prend à un acteur qui fait son travail sous le seul prétexte qu'il est scientologue ! Mieux encore : la classe politique dans son ensemble soutient le ministre !
Excusez-moi, mais j'ai dû rater un épisode :
1- L'Église de scientologie est-elle interdite par la loi en Allemagne ? Ben, non.
2- L'apologie de la Scientologie est-elle incriminée en Allemagne ? Euh... non.
3- Tom Cruise pourrait parler de la Scientologie dans les médias ? Wouah ! Big deal ! Ça s'appelle la liberté d'expression.
Messieurs et Mesdames les politiciens allemands, vous voulez nous montrer que vous êtes des gens formidables, engagées dans un combat de tous les instants pour le respect de la démocratie ? Eh bien, mettez vos culottes et faites voter une loi qui interdise l'Église de Scientologie (et l'apologie de la scientologie) sur le territoire allemand. Si vous n'en êtes pas capables, alors que le sujet fait quasiment l'unanimité, c'est que vous êtes de jolis pleutres voulant donner aux électeurs l'impression de mériter leur vote. Ne jouez donc pas les vierges effarouchées, poussant des cris d'orfraie au son de "Scientologie".
Vous n'aimez pas l'organisation de L. Ron Hubbard ? Comme je vous comprends ! Mais en vous y prenant de cette façon, vous donnez à l'Église de Scientologie une balle de set. En stigmatisant ainsi un scientologue qui ne fait qu'exercer une liberté fondamentale reconnue par toute démocratie qui se respecte, l'administration allemande pourrait bien se prendre un recours devant la Cour européenne de sauvegarde des droits de l'homme et obtenir la condamnation de l'Allemagne pour discrimination religieuse.
Et quand bien même une telle procédure ne serait pas diligentée, c'est un message similaire que l'Église de scientologie peut d'ores et déjà répandre publiquement... et légitimement. Elle aurait bien tort de s'en priver.
J'ai coutume de dire qu'il faut sérieusement s'inquiéter lorsque l'Église de scientologie a raison. En Allemagne, aujourd'hui, il est plus que temps de réagir.
Note : Une réaction nettement plus intelligente aurait consisté, pour le gouvernement allemand, à encaisser l'argent versé par la production du film pour le tournage au Bendlerblock et à l'investir dans des opérations de renseignement sur la Scientologie. À commencer par le tournage du film lui-même ! Quelle prodigieuse opportunité pour les services de renseignement que celle de surveiller l'équipe de tournage afin d'établir la présence d'un staff de scientologues puis, le cas échéant, de les observer à l'oeuvre dans un environnement hostile.
Mais bon, faut pas rêver...
Kézaco ? Eh bien, à la place de la morne et immobile image de papier peint de votre bureau Windows, on peut en effet facilement installer une image animée voire interactive.
Et si on connaît les logiciels de création d'animations en Flash, on peut aisément réaliser ses propres animations pour bureau Windows. À mon modeste niveau, j'ai finalement trouvé une occasion de me lancer dans l'aventure, à l'occasion de l'imminente sortie de Grindhouse, le double film de Tarantino et Rodriguez.
Le résultat est relativement simple, mais en furetant un peu avec la souris on peut avoir accès à 3 différents papiers peints animés (qui peuvent aussi être fixes). Plus un accès au site internet officiel du film.
Pour un aperçu de ce papier peint animé :
- Basculez votre navigateur internet en pressant la touche F11;
- cliquez ici.
Pour installer cet animated desktop :
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Fin janvier, un nouveau jalon abyssal du politically correct a été atteint par une poignée de musulmans britanniques, au nom de l'Islamic Human Rights Commission (IHRC), une association londonienne qui se consacre à la lutte contre les discriminations raciales, confessionnelles et politiques.
Dans un rapport intitulé British Muslims Expectations of the Government – The British Media and Muslim Representation: The Ideology of Demonisation[1] , l'IHRC tire à boulets rouges sur le grand Satan culturel de l'Occident. Sous ce feu nourri, en première ligne, le cinéma est dépeint comme une machine à fabriquer de l'islamophobe à la chaîne.L'argumentaire n'est pas nouveau. Ce qui l'est en revanche, c'est la publication d'une liste de films – dont sont tirés des extraits hors contexte – pour démontrer par a + b le racisme latent du procédé. Les six films ainsi incriminés sont :
• État de siège (The Siege – 1998) de Edward Zwick ;
• Ultime décision (Executive Decision – 1996) de Stuart Baird ;
• Aladin (Aladdin – 1992) de Ron Clements et John Musker;
• Fish and Chips (East Is East – 1999) de Damien O'Donnell;
• House of Sand and Fog (id. – 2003) de Vadim Perelman;
et...
• Les Aventuriers de l'Arche perdue (Raiders of the Lost Ark – 1981) de Steven Spielberg.
Il s'agit plutôt de déterminer si le premier volet de la tétralogie Indiana Jones est ou non un film islamophobe. Intéressons-nous donc au regard empli de cécité que porte l'IHRC sur ce film[2] et rions de bon coeur. Car il vaut mieux en rire...
En premier lieu, on remarquera que cinq des six films vilipendés sont des productions américaines. Seul Fish and Chips est une production britannique. Mais il est fort étonnant de le trouver sur cette liste. Le film est en effet écrit par Ayub Khan-Din, d'après sa propre pièce de théâtre. Or, l'auteur est un Anglais d'origine pakistanaise de confession musulmane ; cette œuvre est par ailleurs largement autobiographique.
Les rédacteurs du rapport de l'IHRC condamnent donc la vision occidentalisée, déformée de l'islam que présentent les films britanniques en prenant pour exemple :
- 5 films américains;
- 1 film britannique écrit par un musulman…
Au vu du titre du rapport, cette section du document se révèle totalement hors sujet. Mais soyons beau joueur. Dépassons cette maladresse méthodologique et passons aux pages spécifiquement consacrées au film de Spielberg.
The cultural stereotypes and scenarios are patently obvious in Raiders of the Lost Ark as most of it is set in Egypt (though actually filmed in Tunisia).
Les auteurs du rapport sous-entendent ainsi que le film est d'autant plus mal conçu au plan historique et sociologique qu'il est censé se dérouler en Égypte alors qu'il a été filmé en Tunisie.
En premier lieu, nos cinq érudits britanniques ne nous démontrent pas à quel point le désert tunisien diffère du désert égyptien. Mais surtout, ils auraient gagné à se renseigner quelque peu sur le film qu'ils vitupèrent ainsi. En effet, les nombreuses scènes censées se dérouler au Caire ont été tournées à Kairouan. Détail loin d'être anodin. En effet, la ville du Caire (El Kahira) a été fondée en 969 par les Fatimides, une secte musulmane qui régna sur l'Égypte de cette date à 1171. Or, les Fatimides étaient alors depuis plusieurs siècles les souverains de… Kairouan ! Cette cité est d'ailleurs une des "Villes Saintes" de l'Islam, après La Mecque, Médine, Jérusalem et… Le Caire. Et malgré les siècles, plusieurs lieux cairotes témoignent encore de la ville fastueuse bâtie par les Fatimides, à l'image de leur ancienne capitale : la salle de prières originelle de la mosquée al-Azhar, quatre mosquées plus ou moins remaniées au fil du temps et trois des somptueuses portes de l'enceinte fortifiée (Bâb al-Nâsir, Bâb al-Futuh et Bâb Zuwayla).
On le voit, le choix de tourner le film à Kairouan pour des raisons logistiques évidentes ne s'en accompagne pas moins d'une solide recherche historique et architecturale de la part de l'équipe de production du film.
On arriving in Cairo, Indiana Jones and his fearless female companion, Marion, visit the home of Jones’ sidekick, Sallah. They are served by his wife, who dressed in black, passively moves about looking after her husband’s guests and generally being the good wife and hostess.
Faut-il en déduire que les femmes égyptiennes ne sont pas toutes aussi hospitalières ? Par ailleurs, la femme de Sallah ne sert pas ses hôtes américains, elle sourit et parle à plusieurs reprises. Elle n'est pas voilée, ne porte même pas de hidjab et arbore même des boucles d'oreille. Et je le prouve :
On cherche encore où est le stéréotype de la femme arabe soumise…
A little later, a street scene again embodies further stereotypes of what the filmmakers want to show us of Cairo and by extension, the Arab world – veiled women, bearded men in traditional dress, bazaars, fruit stalls, hats, drinking vessels, cobbled pavements, narrow streets, sandy and rough surroundings and old architecture. All of these are shown with a backdrop of snake-charming music, interrupted only by the call to prayer. In a café, men sit drinking tea and smoking water pipes, whilst beggars run up to Jones hassling him for ‘bakshish’.
Les auteurs du rapport, musulmans britanniques, n'ont apparemment jamais mis les pieds dans les pays du Maghreb. Je me permets donc de les éclairer sur ce point de ma petite expérience en la matière. Il y a quelques années, j'ai visité la médina et le souk de Marrakech, ainsi que d'autres localités marocaines et tunisiennes. Et j'y ai vu des femmes voilées (peu, il faut le reconnaître), des hommes barbus en abaya (énormément), des bazars, des étals de fruits et légumes, des porteurs d'eau, des ruelles étroites et pavées, des environs de ville sablonneux et arides et une architecture ancienne. J'y ai même vu des montreurs de serpents (et aussi de singes, ce que les auteurs du rapport ont oublié d'ajouter à leur liste de choses qui n'existent pas). Dans tous les cafés, on buvait du thé et on fumait le narguilé. Et j'ai aussi vu un certain nombre de mendiants.
C'était au tournant du XXIème siècle. Or, les auteurs du rapport semblent avoir oublié un détail : le film est censé se dérouler en 1936 !
Ne pas relever l'écoulement de ce laps de temps signifie que, pour les rédacteurs du rapport de l'IHRC, rien n'a changé dans les pays arabes en l'espace de 70 ans. Paradoxalement, ils entendent démontrer le contraire !
Viendrait-il à l'esprit des Français de critiquer un film américain se déroulant dans les années 30 en France et dans lequel les passants porteraient des bérets ? Plus personne (ou presque) ne porte ce fameux béret en France aujourd'hui, mais c'était très courant il y a 70 ans…
A little later, a street scene again embodies further stereotypes of what the filmmakers want to show us of Cairo and by extension, the Arab world (…)
Qu'est-ce qui permet aux auteurs du rapport d'affirmer que les intentions des auteurs du film étaient de montrer des stéréotypes cairotes et de les étendre implicitement à l'intégralité du monde arabe ? Pas le moindre commencement d'explication en ce sens. Seulement une phrase assassine tout-à-fait gratuite.
At the scene of the archaeological dig, we see faceless groups of Arab men dressed in traditional abayahs, singing in Arabic or reciting as they work.
Les terrassiers que l'on entend chanter en travaillant sont ceux qui œuvrent pour Sallah, aux côtés de Jones. Ils ne sont pas "sans visage", même si le seul terrassier que l'on voit en gros plan est Sallah. Mais ce n'est pas là une prise de position raciste. Il s'agit d'un artifice d'écriture dramatique. Sallah personnifie les terrassiers. Il n'est pas un stéréotype, mais un archétype (le sidekick selon la méthode Dramatica[3], l'allié selon Christopher Vogler[4]).
The film characterises (sic) good and bad Arabs – basically divided into those on Indiana Jones’ side and those working for the Nazis.
Premièrement, Spielberg ne s'est jamais caché qu'il avait conçu Les Aventuriers de l'Arche perdue comme un film de série B des années 40 tourné en 1980. Cette approche suppose un certain manichéisme.
Deuxièmement, une foule de personnages arabes apparaissent à l'écran sans qu'ils soient montrés comme des alliés ou des ennemis de Jones. Cela s'explique simplement par le fait que cette foule n'a aucune implication au sens dramatique du terme. Elle n'intervient pas dans l'action et on comprend mal pourquoi (et comment) le cinéaste devrait s'attarder sur la personnalité d'une majorité de figurants, afin de nous les présenter comme… neutres. Nous ne sommes pas dans un documentaire sur la médina du Caire, mais dans une œuvre de fiction.
Troisièmement, le crime le plus grave de Spielberg réside à l'évidence dans le fait d'avoir montré aussi des bons Arabes. À en croire les auteurs du rapport, il aurait apparemment été moins choquant de ne montrer que des méchants Arabes. La logique du discours m'échappe…
D'autant que ces bons Arabes risquent rien moins que leur vie en aidant Jones. À l'image de Sallah qui, dans une scène coupée du film, est sur le point de se faire exécuter d'une balle du Luger de l'officier allemand Dietrich.

Comparons donc cette image avec une autre : dans La liste de Schindler, un ouvrier juif du camp de Plaszow échappe miraculeusement à son exécution par l'officier nazi Amon Goeth dont le Luger persiste à s'enrayer.
Spielberg rapproche ici de façon fulgurante l'Arabe et le Juif. Vous avez dit « islamophobe » ?The Egyptians are shown as labourers at the dig, street vendors or beggars, and those fighting against Jones are shown as brutish and violent thugs.
Le film montre certes :
- des Arabes terrassiers sur un site archéologique. En Égypte, en 1936, y avait-il beaucoup d'ingénieurs ou d'archéologues parmi les gens du cru, dans un pays prétendûment indépendant mais largement soumis à la "bienveillance" toute coloniale de la Grande-Bretagne ?
- Des Arabes vendeurs de rues… dans le souk, qui est un marché... Incroyable !
- Des Arabes payés pour tuer Indiana Jones qui sont… brutaux et violents. À croire que l'on peut vouloir assassiner quelqu'un avec gentillesse et délicatesse.
On peut même aller plus loin, à l'image de Jeff Jarot qui, il y a quelques années, avait rédigé des Aventuriers de l'Arche perdue une acrimonieuse critique: A Fear of Foreigners (As Well As Snakes): Xenophobic Undercurrents in Raiders of the Lost Ark[5] . Selon ce contributeur du site Spielbergfilms.com, le film est un plaidoyer pour la supériorité de la race blanche et de sa rationalité.
C'est n'avoir proprement rien compris au film ! Sans son ami arabe, nous n'aurions pas donné cher de la peau de Jones et de la réussite de sa mission. Quant à la rationalité occidentale, le final du film la met à mal en deux temps : l'existence du Dieu des Hébreux et la puissance de son Arche renversent les certitudes athées de Jones et des services secrets américains.
Idem avec les pierres indiennes de Sanqqarah dans Le Temple maudit: alors qu'il ne voyait à l'origine dans leurs prétendus pouvoirs que des « contes de bonne femme », Jones finira par reconnaître : « Maintenant, je comprends leur magie.»
The first movie in the [Indiana Jones] series, held the position of one of the most watched movies of all time. It must undoubtedly have had an impact on ideas and images of Arabs and Egyptians amongst both young and old cinemagoers.
Il est symptomatique que les auteurs du rapport se limitent au premier volet de la saga. En effet, les arguments qu'ils développent s'effondreraient d'eux-mêmes au visionnement de … La Dernière croisade. Souvenez-vous : les gardiens du Graal, combattant les Nazis, sont… des Arabes (ou peut-être des Perses).
Prétendre relever l'islamophobie dans Les Aventuriers de l'Arche perdue revient à affirmer que l'on a localisé la nébuleuse NGC 3576 avec des jumelles de théâtre…
La porte de la bêtise étant désormais grande ouverte, je vais m'y engouffrer. Ainsi, en tant que Français, j'envisage de rédiger un rapport de 300 pages pour me plaindre du ridicule accent français de Paul Freeman (Belloq) dans le film. Et je compte bien y expliquer en quoi l'image d'un Français charmeur, bien vêtu, très compétent, intelligent et qui tourne en dérision des Nazis a porté atteinte à la juste considération des Français dans le monde…
* *
p. 34-35 :
« For this analysis, a range of film genres were examined, including action thrillers (The Siege: 1998, Executive Decision: 1996), drama (House of Sand and Fog: 2003, East is East: 1999) and children’s cartoons (Aladdin: 1992), for their representation of Islam, Muslims and Arabs. It was evident from all genres that they contained negative stereotypes about Islam and Muslims/Arabs. The thrust of these differed as did the actual manifestation, nevertheless, they all exhibited examples of Islamophobic discourses. Thus a broad spectrum including Hollywood action blockbusters, cartoons and British artistic movies are all means through which either crude or exaggerated stereotypes are reinforced or otherwise more subtle disdain of Islam is obtained.»
p. 40-41 :
« The cultural stereotypes and scenarios are patently obvious in Raiders of the Lost Ark as most of it is set in Egypt (though actually filmed in Tunisia). On arriving in Cairo, Indiana Jones and his fearless female companion, Marion, visit the home of Jones’ sidekick, Sallah. They are served by his wife, who dressed in black, passively moves about looking after her husband’s guests and generally being the good wife and hostess.
In contrast, representing the Western woman is Marion, an independent, spirited and brave traveller. A little later, a street scene again embodies further stereotypes of what the filmmakers want to show us of Cairo and by extension, the Arab world – veiled women, bearded men in traditional dress, bazaars, fruit stalls, hats, drinking vessels, cobbled pavements, narrow streets, sandy and rough surroundings and old architecture. All of these are shown with a backdrop of snake-charming music, interrupted only by the call to prayer. In a café, men sit drinking tea and smoking water pipes, whilst beggars run up to Jones hassling him for ‘bakshish’.
At the scene of the archaeological dig, we see faceless groups of Arab men dressed in traditional abayahs, singing in Arabic or reciting as they work. Palm trees, camels and tents all direct the viewer to the things typically associated with Arab cultures and places. The film characterises good and bad Arabs – basically divided into those on Indiana Jones’ side and those working for the Nazis. The Egyptians are shown as labourers at the dig, street vendors or beggars, and those fighting against Jones are shown as brutish and violent thugs. The popularity of the Indiana Jones series, a huge box office success, meant that it was no doubt watched by millions worldwide, and for a long time, the first movie in the series, held the position of one of the most watched movies of all time. It must undoubtedly have had an impact on ideas and images of Arabs and Egyptians amongst both young and old cinemagoers.»
_______________________________________
[1] Saied R. Ameli et al., British Muslims expectations of the government – The British Media and Muslim Representation: The Ideology of Demonisation, http://www.ihrc.org.uk/show.php?id=2493.
[2] Les passages du rapport consacrés à ce film sont reproduits in extenso à la fin de cet article.
[3] Melanie-Anne Phillips & Chris Huntley, Dramatica - A New Theory of Story, Screenplay Systems Inc., 4ème éd., 2001.
[4] Christopher Vogler, Le guide du scénariste, éd. Dixit, Paris, 1998.
[5] Cet article fut un temps disponible sur le site Spielbergfilms.com. Ce n'est aujourd'hui plus le cas, mais la prochaine réfection de la section Articles concernant ce film pourrait réactiver ce lien.
- 7 nominations auxdits Oscars, dont meilleur film, meilleure réalisation, meilleur scénario original ;
- déjà vainqueur du Golden Globe 2007 (prix de la critique hollywoodienne) du meilleur film, catégorie drame ;
- récipiendaire du prix de la mise en scène, du prix du jury œcuménique (si, si, ça existe…) et du prix de la commission technique supérieure à Cannes en 2006 !
Bref, si vous comptiez regarder la cérémonie pour le suspense, il faudra repasser l’année prochaine…Et puis, loin des flashes, des regards et des paillettes, un autre film aujourd’hui relégué aux oubliettes est également en lice aux Oscars 2007, pour deux statuettes secondaires (meilleurs décors et meilleure photographie). Pas de quoi fouetter un chat, donc. Ce film apparemment insignifiant s’intitule Le Prestige . Mais est-ce vraiment important ? Le meilleur film de l’année voire du siècle pour certains (si, si, je l’ai entendu plusieurs fois…) est Babel. Point final. Iñárritu rules !
Sauf que… Sauf que j’ai dû rater une marche.
Parce Babel est en réalité une daube et Le Prestige assurément le meilleur film de l’année !
La comparaison est d’autant plus intéressante que ces deux longs-métrages reposent sur un montage éclaté, alternant flash-backs et flash-forwards. Mais, alors que Babel utilise cette technique de façon superficielle et se prend vite les pieds dans le tapis, Le Prestige joue avec le temps et l’espace de façon intelligente, impressionnante et toujours limpide. Cet autre paradoxe n’en rend que plus injuste l’aveuglement de l’Académie du cinéma américain.
Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie.
Je serai tout aussi bref quant au sujet du film : la rivalité de deux illusionnistes, en Angleterre à la fin du XIXème siècle. Et je n’en dirai pas plus de peur de vous révéler le moindre détail, gâchant ainsi un peu de votre plaisir putatif. Tentons alors de présenter sans dénaturer.
Le Prestige est le 5ème [et pas le 3ème, comme je l'avais écrit à l'origine] long-métrage de Christopher Nolan. Son précédent film ne restera pas dans les annales. Batman begins propose une approche intéressante du super-héros phare de l"éditeur DC Comics. Le film est plaisant et s’avère de loin la meilleure adaptation cinématographique de Batman (à ceux que j’entends s’offusquer « Et les 2 films de Tim Burton alors ? », je conseille instamment de visionner de nouveau ces deux navets. Ils vont expérimenter le pouvoir occultant des souvenirs). Toutefois on attendait mieux de la part de Nolan, qui s’est fait connaître avec Memento. Ce second [et pas premier] film remarqué proposait une histoire policière dans laquelle toutes les scènes étaient chronologiquement inversées. Alors évidemment, on peut rétorquer : « Tu parles d’un coup. C’est facile. On peut faire ça avec n’importe quel polar.» Sauf que non, justement. Le scénario de Memento est beaucoup plus subtil. Et cette expérience s’avérait fort intéressante.
Mais ce n'était qu'un début. Car si, dans Memento, Nolan se limitait à une "simple" inversion chronologique, dans Le Prestige, il torture littéralement le continuum temporel. La prise de risque est maximale. Car quand ce n’est pas bien fait, ça vire à la catastrophe (cf. mon article sur The Fountain). En revanche, quand c’est maîtrisé, l'exercice se révèle proprement fascinant.
Le Prestige commence par un flash-forward. C’est une pratique que j’abhorre généralement, car vide de sens et utilisée dans 99,9 % des cas pour masquer une profonde faiblesse du scénario (cf. mes articles sur 36 Quai des Orfèvres et Matrix Reloaded). Le Prestige fait partie du 0,1 % restant. Il y figure même dans le peloton de tête !
Outre cet impressionnant contrôle de la progression temporelle éclatée, Le Prestige propose une histoire passionnante de bout en bout, située pendant l’âge d’or des spectacles de grandes illusions. À une limpidité des conflits dramatiques, Nolan et son co-scénariste adjoignent la clarté des intentions des personnages, expression ultime de la persévérance et de l’abnégation. On appréciera notamment un magnifique parallèle entre, d’une part, la rivalité de Borden et Angier (les deux magiciens) et, d'autre part, l’antagonisme (historique) de Nikola Tesla et de Thomas Edison (les deux scientifiques) .
Plusieurs niveaux de lecture sont ainsi proposés au spectateur. De même qu’une multitude d’interprétations possibles qui ne peuvent être totalement démêlées qu’après plusieurs visionnages.
Ajoutez à cela une large dose de rebondissements soigneusement répartis (dont un ultime plan tout à fait extraordinaire) et vous aurez compris que la location du DVD s’impose de toute urgence. Tout le reste peut attendre.
Dans ces conditions, doit-on s’étonner de l’absence du Prestige dans la course aux Oscars suprêmes ? Certes pas, pour qui se souvient que l’Académie du cinéma américain dans son entier semble ne jamais avoir entendu parler ni de Minority Report, ni de La Guerre des Mondes, deux chefs d’œuvre absolus de Spielberg. En revanche, cette même institution qui a couronné Le Patient anglais et Miss Daisy et son chauffeur (authentique !) s’apprête à célébrer Babel.
ou Babel, l’autopsie
Toute daube suffisamment alambiquée est indiscernable d’un bon film complexe.
Quoi qu’il en soit, ce thème ne dépasse jamais le niveau d’un cours de philosophie au lycée. Et comme un élève de terminale qui boit les paroles de son prof de philo, devant chaque déboire des personnages, le spectateur acquiesce d’un air entendu : « Uh uh, manque de communication. »
Vous vous souvenez de la fierté que vous avez éprouvée en comprenant (un peu) quelque chose aux films d’Alain Resnais dans les années 70 ? Eh bien, c’est le même mécanisme qui a valu à Babel la condescendance des jurys de différents festivals. On a tout bien compris de quoi ça parlait… Exit donc cette envie irrépressible et ô combien agaçante que ressent parfois le spectateur devant l’écran : le besoin de réfléchir. Iñárritu réinvente le film prêt-à-causer-dans-les-cocktails.
Attaquons maintenant dans le bois dur et intéressons-nous aux invraisemblances du récit et incohérences des personnages.
Attention SPOILER : si vous avez l'intention de perdre 2 heures 20 à regarder Babel, ne lisez pas ce qui suit.
1) La balle magique, le retour
La balle de fusil qui blesse Cate Blanchett dans l’autocar est un modèle proprement fantastique, dans tous les sens du terme.
Tout d’abord, le projectile est censé avoir cassé la clavicule de la femme et causé une hémorragie considérable. Là, il va falloir m’expliquer comment ! Vu que la seule plaie que l’on voit par la suite se situe dans les muscles entre le cou et l’épaule, largement au-dessus de la clavicule. Pas de quoi saigner à blanc Blanchett.
Ensuite, la trajectoire de la balle s’avère hautement fantaisiste. Si l’on considère la position du tireur (à 200 m, largement en surplomb, face à l’autocar), la localisation de la blessure et l’orifice de sortie dans la vitre latérale du bus, on constate que, quelque part, à la manière d’un dessin animé de Tex Avery, la balle a opéré un virage quasiment à 90˚ ! Vous allez me dire que ce n’est pas primordial. Certes non, juste énervant.
Mais il y a encore mieux. Et là, on entre dans le magnifique. Genre la balle magique de JFK, à côté, c’est de la ballistique de routine. Ainsi, Le projectile tiré par le gamin a traversé :
• le toit (métallique !) de l’autocar,
• la clavicule de Cate Blanchett,
• les muscles dorsaux,
• la vitre du véhicule.
En cherchant bien, les flics marocains devraient retrouver la balle, figée dans le sable, par 5 mètres de profondeur, intacte… Je vous entends d’ici me dire : « Mais évidemment, c’est un fusil pour le gros gibier qui peut atteindre sa cible à 3km !» Ah ben oui, ça, il peut apparemment transpercer 4 éléphants côte à côte…
2) L’attente de l’ambulance
Blessée, Cate Blanchett commence à se vider de son sang. L’autocar étant à mille milles du premier hôpital, le guide propose de se rendre à son village, non loin de là (ça tombe drôlement bien, dis donc). Transportée dans la baraque du guide, la blessée est recousue par le pseudo-vétérinaire du village. Brad Pitt appelle une ambulance (le bar du village a le téléphone). Pendant ce temps-là, les autres passagers de l’autocar voudraient bien se carapater mais Pitt leur demande de patienter. Au bout de quatre ou cinq heures, on attend toujours l’ambulance. Devant l’énervement des autres touristes, Pitt déclame : « Attendez encore un peu, l’ambulance ne devrait plus tarder. » Cherchez l’erreur… Finalement, le car se tire, laissant Pitt et Blanchett en plan. Et toujours pas d’ambulance.
Maintenant, soyons bassement réalistes : une fois recousue, Blanchett est stabilisée. Elle va devoir rester des heures, sous une forte chaleur, que l’ambulance arrive. Puis il faudra qu’elle tienne encore le coup le temps du trajet jusqu’à l’hôpital. Bref, au mieux, huit heures de délai. Alors que, si Pitt remet sa femme dans l’autocar (climatisé !), elle pourrait être conduite à l’hôpital en quatre heures. Il va falloir m’expliquer pourquoi ils restent tous deux dans le village et se rejouent le désert des Tartares.
Alors de deux choses l’une : soit le personnage de Brad Pitt est un neuneu dernier stade, soit le scénariste prend le spectateur pour un neuneu dernier stade.
3) Un trou dans le continuum espace-temps
Durant leur périple au Maroc, Pitt & Blanchett font garder leurs enfants par la nounou mexicaine, dans leur maison de San Diego. Un soir, ladite nounou reçoit un coup de téléphone depuis l’hôpital de Marrakech : Pitt lui annonce que, compte tenu de l’hospitalisation de sa femme, ils sont bloqués au Maroc et ne pourront pas être revenus le lendemain matin. En effet, la nounou doit partir au Mexique incessamment pour assister au mariage de son fils.
Mais voilà, ya comme un défaut... La péripétie du coup de feu a fait perdre à Pitt et Blanchett une demi-journée. Or, s’ils avaient continué leur périple touristique, ils se seraient retrouvés à plus de 600 bornes de la capitale et auraient mis environ 3 jours (au rythme des visites touristiques) pour rallier Marrakech (ou Agadir). Bref, ils ne seraient rentrés à San Diego au mieux que 4 jours plus tard.
Or, dans le film, que voyons-nous ? Brad Pitt et sa femme qui arrivent à l’hôpital de Marrakech, 8 heures environ après le coup de feu. Autrement dit, voilà le couple dans la capitale trois jours avant la date prévue. Et Pitt de dire en substance à la nounou mexicaine : « Désolé, Chiquita, mais à cause de ce coup de feu, on ne sera pas rentrés à temps ». Alors que ce coup de feu leur a fait gagné trois jours sur le planning !
Certes, mais qu’est-ce que cela prouve ? Simplement que, si le périple marocain s’était déroulé comme prévu, le couple Pitt-Blanchett n’aurait de toute façon jamais pu être rentré à temps pour permettre à la nounou d’assister au mariage de son fils. Donc, la Mexicaine savait dès le départ que les parents des gamins ne seraient pas de retour dans les délais. Or, dans le film, ce coup de fil sonne le glas. « Mon dieu, mais comment je vais faire ?» Ah oui ça c’est ballot. Eh oh… On se réveille, ça fait belle lurette que tu devrais être au courant du problème. Tu t’imaginais peut-être que les gringos allaient rentrer en DeLorean volante ?
4) Les nouveaux wetbacks
Après le mariage au Mexique, la voiture qui ramène à San Diego la nounou, son neveu et les enfants de Pitt-Blanchett est arrêtée à la frontière. Le garde-frontière américain, étonné de voir deux enfants biens blancs et blonds avec deux Mexicains, demande les papiers des gamins.
Devant les atermoiements du flic, le neveu, conducteur plutôt éméché, démarre en trombe et force le passage. Pris en chasse, il quitte la route, s’enfonce dans le désert, largue la nounou et les gamins et fait demi-tour en trombe. Je rappelle que tout ça se passe en pleine nuit... Bref, au petit matin, les trois personnages sont perdus au milieu de nulle part. Ils crèvent de soif, ils sont prêts de mourir, etc. Le manque de communication entre les hommes, ah, c’est terrible, regardez ce que ça cause… Patati patata.
Alors que vous essuyez une larme devant le sort réservé aux bambins, je voudrais juste signaler un détail : le garde-frontière demande les papiers des gamins mais il "oublie" de demander ceux des deux Mexicains. Ben oui, c’est bien connu, les immigrés clandestins qui entrent aux States depuis le Mexique, ils sont très jeunes, blonds, blancs et parlent parfaitement l’anglais. Les wetbacks ne sont décidément plus ce qu'ils étaient.
Le garde-frontière ne prête donc pas attention aux deux adultes. C’est bête car il se trouve que la nounou est une clandestine qui vit aux States depuis 15 ans, sans papiers. Alors évidemment, si le flic lui demandait une pièce d’identité ou sa carte verte, il l’arrêterait illico presto. Elle et son neveu seraient sortis de la voiture manu militari. Et il n’y aurait ni passage en force, ni errance au milieu du désert.
Convenons-en, ça serait embêtant car le scénariste a fait tout ça pour placer une réplique bien sentie dans la bouche des enfants : le fameux « C’est toi la méchante, c’est pas nous ». Oh oui, semble penser Iñárritu itou, ce serait dommage de se passer de cette phrase. Même si elle a la délicatesse d’un 15 tonnes lancé à 200 km/h sur un mur de béton armé. Donc, on garde la séquence en imaginant un garde-frontière américain qui fait son travail à l’envers : il arrête les voitures qui viennent du Mexique mais ils ne demandent pas les papiers des adultes latinos à l’intérieur, seulement ceux des enfants américains de souche.
Je vous ai entendu. « La critique est facile mais l’art est difficile » dites-vous. Et vous avez raison. Aussi vais-je rendre ma diatribe un tant soit peu constructive.
5) Babel tel que vous ne le verrez jamais
ou Comment j’ai flingué mon film au montage en croyant le sauver
À Cannes en 2006, Babel a remporté le prix de la commission technique supérieure pour son montage et le prix de la mise en scène. Une fois encore, l’accablant festival nous prouve qu’il sait manier l’ironie mieux que quiconque. Explication en deux temps.
a) La dissimulation
Hypothèse : satisfait de la dernière version du scénario, ce n'est qu'au stade du montage que Iñárritu s’aperçoit que les deux histoires-charnières de son film ne s’emboîtent pas : les parents Pitt-Blanchett ne seraient pas rentrés à temps pour le mariage du fils mexicain, même sans la blessure par balle. « Argh !, se dit le réalisateur. Comment gommer cette erreur qui se voit comme le nez au milieu du visage ?»
Démonstration : La solution qui vient à l’esprit de prime abord serait de monter la scène du coup de téléphone côté San Diego en modifiant la voix au bout du fil : ce ne serait plus Brad Pitt qui parle mais une autre personne qui devait garder les enfants et qui se décommande au dernier moment. Cela permettrait d’expliquer de manière plausible le conflit que vit alors la nounou mexicaine.
Mais Iñárritu refuse cette solution de facilité (pourtant efficace). Et ce, pour deux raisons :
• Il tient à ce que le coup de feu au Maroc soit l’élément déclencheur du drame qui va se jouer à la frontière USA-Mexique. Imaginer que c’est une autre personne qui fait faux bond à la nounou, c’est couper le lien entre tous les événements du film. Et l’intérêt de Babel partirait alors à vau l’eau.
• Iñárritu veut absolument montrer le coup de fil une fois du point de vue de la nounou dans la maison de San Diego, et une fois du point de vue de Brad Pitt qui pleure au téléphone à l’hôpital de Marrakech. L’idée lui paraît trop forte dramatiquement pour qu’il daigne y renoncer.
Il préfère tout sacrifier à cette idée et choisit de laisser le scénario bancal. Iñárritu décide alors de recourir à un subterfuge : il va utiliser le montage pour perdre les spectateurs en malmenant l’échelle des temps, espérant très fort qu’ils n’y verront que du feu.
Ainsi, ces deux visions de la même scène, au lieu d’être rapprochées dans le film vont au contraire être éloignées l'une de l'autre le plus possible. La scène à San Diego au tout début du film, celle à l’hôpital de Marrakech à la toute fin. De sorte qu’il faut attendre ce trop tardif moment pour comprendre le conflit de la nounou mexicaine, posé deux heures plus tôt.
Posé, mais pas exposé. Car lors de la scène au téléphone à San Diego, on ne comprend rien à ce qui se passe au bout du fil (on n’a pas encore vu le coup de feu qui blessera Cate Blanchett). En ne nous expliquant rien au départ du conflit de la Mexicaine avec les enfants, on perd les ¾ de l’intensité du conflit. Si on avait vu se dérouler l’épisode marocain avant ce coup de téléphone et si on introduisait une autre gardienne pour les enfants, le conflit aurait été nettement plus fort : la nounou a-t-elle le droit de laisser ces enfants (qu’elle élève depuis leur naissance) alors qu’elle sait que leurs parents vivent un drame à l’autre bout du monde ? Peut-elle les détourner du drame en les entraînant dans son aventure mexicaine ? C’était un questionnement autrement plus intéressant.
Conclusion : Iñárritu veut nous cacher des pans entiers de son histoire, tout ça pour sa propre satisfaction de nous dire après coup : vous avez vu comme je vous ai bien fait attendre ? Manque de chance, en ne nous donnant pas les éléments dramatiques importants, il nous perd en route.
b) Le segment japonais
Mais le plus gros regret que l’on puisse avoir après le visionnage de Babel réside encore ailleurs : la sous-exploitation de l’épisode japonais. Fidèle à sa démarche d’auto-satisfaction, le réalisateur ne nous explique rien du lien entre l’adolescente sourde-muette de Tokyo et le drame marocain. « Par quelle ficelle scénaristique ce segment nippon va-t-il se rattacher au reste du film ?» s’interroge le spectateur.
En fait de ficelle, Iñárritu nous sort un câble de téléphérique : c’est le papa de la jeune japonaise, un féru de safari, qui a donné son fusil à son guide marocain car, nous dit-il « il avait été un bon guide ». Ridicule !
Quand on apprend ça :
- on se dit que c’est franchement tiré par les cheveux ;
- on se demande bien ce que le Japonais est venu chasser dans le désert marocain ! Des suricates géants ? Des RTI (rongeurs de taille improbable) échappés de Princess Bride ?
Ne pouvait-on pas imaginer autre chose ?
Hypothèse : Iñárritu a largement mésestimé le segment japonais, qu’il considère comme une histoire annexe. Pour lui, l’élément déclencheur du film, c’est l’enfant marocain qui tire sur l’autocar des touristes Pitt-Blanchett. C’est là sa plus grande erreur. Le véritable élément déclencheur, c’est le suicide par balle de la mère de l’adolescente japonaise. Imaginons une alternative.
Démonstration : Le film commence sur le safari marocain. Après avoir tué sa proie et s’être fait prendre en photo avec son guide devant son trophée de chasse, le Japonais apprend par téléphone que sa femme s’est suicidée par balle, et que c’est sa fille qui a découvert le corps. D’où un gros problème de communication entre l’adolescente et son père absent (pas toujours absent, mais absent ce jour-là !). Le père décide de rentrer subito et se débarrasse donc de son fusil en le laissant à son guide marocain. Ça, c’est plausible et cohérent sur un plan dramatique. Et là, Babel pouvait commencer sur une base solide. L’histoire japonaise devenait le segment fondamental.
Mais non. Présence de superstars oblige, c’est le segment marocain avec Brad Pitt et Cate Blanchett qui aura les honneurs. Peu importe s’il charrie des invraisemblances de la taille d’un autocar et repose sur une intrigue dramatique à deux balles (c’est le cas de le dire).
Conclusion : Babel aurait donc dû commencer et s’ancrer profondément sur le segment japonais. Il s’agit là clairement de la plus forte des quatre histoires, interprétée par une actrice japonaise fabuleuse. En proposant ses scènes dans le bon ordre chronologique et en offrant initialement les éléments basiques de compréhension des différents conflits, le film en aurait été transfiguré.
Au lieu de cela, on a droit à un machin bien clinquant, genre je-me-la-pète-grave-à-la-table-de-montage-pour-vous-en-mettre-plein-la-vue-même-si-ça-fout-le-film-en-l’air.
Babel a remporté à Cannes un prix de la mise en scène et un prix spécial prestigieux pour son montage. Quand on comprend que ce sont précisément des choix de mise en scène et de montage qui plombent le film, on est en droit de s’interroger.
Alors pour les Oscars, revenez en 2008. Là où Kubrick et Hitchcock ont toujours été ignorés, le prochain Max Pécas a, paraît-il, toutes ses chances…
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Note ultérieure : en fait, c'est The Departed et Scorsese qui ont remporté les principaux Oscars. Il y a des fois, comme ça, on aime se tromper...
Avez-vous jamais rêvé de redécouvrir certains films débarrassés des aberrations qui les empêchent d’être des œuvres majeures ? Je ne parle pas ici de raboter les longueurs. Nous avons tous secrètement imaginé l’ouverture de Mort à Venise affranchie de son interminable traversée de la lagune. Ou un 2001, l’odyssée de l’espace dans lequel on aurait coupé 90 % de l’arrivée psychédélique de l’astronaute sur la lune de Jupiter. Non, je parle ici de modifier profondément la structure du film pour en ôter des scènes voire des séquences entières, en raison des errances dans lesquelles elles conduisent le film.
C’est le but que se sont fixé plusieurs équipes de fan editing (remontage par des fans), amateurs de cinéma maitrisant les récents outils de montage et de mixage numérique. Ils entendent ainsi donner à certains films une nouvelle dimension et souvent un nouveau sens, voir un nouveau genre. Le défi mérite que l’on juge sur pièce…
J’ai ainsi fait récemment une expérience assez fascinante, en visionnant une version remaniée de Matrix Reloaded et Matrix Revolutions. Élagué par les soins de l’équipe CBB Productions, le néo-film (c’est le cas de le dire) a été fort à-propos rebaptisé The Matrix DeZIONized.
La matrice désionisée ? Ne lui aurait-on enlevé que quelques électrons superflus sur les couches supérieurs du nuage de Bohr ? Non, le changement est bien plus radical : d’une durée initiale de 4 h 25, les deux films se trouvent condensés en 2 h 40 ! La principale explication de cet impressionnant régime minceur : on a ôté du métrage toutes les séquences situées dans la cité intra-terrestre de Sion (en anglais : Zion).
L’idée n’est pas révolutionnaire. En effet, lequel d’entre nous, voyant les épisodes 2 et 3 de Matrix, n’a pas trépigné devant ces insipides et interminables scènes troglodytiques ? En plein visionnage de Matrix Revolutions, j’en étais même rendu à prier les dieux de l’écriture dramatique pour que Sion soit rayée de la carte par les Machines. Comment, en effet, se passionner pour ce pathétique sanctuaire de la race humaine dite libre, englué dans un régime politique oligarchique et faussement égalitaire ? Nombre de fans vous le confirmeront : nous n’aurions jamais dû voir Sion. La ville aurait dû rester mythique, méritant ainsi dans l’esprit du spectateur que les héros se battent pour sa survie. Au lieu de cela, les frères Wachowski avaient fait voler en éclats l’utopie érigée dans le premier volet de la saga.
Car si Matrix est un chef d’œuvre absolu du cinéma de SF (et même du cinéma tout court), ses deux suites sur grand écran ont de quoi décontenancer. Tout ça pour ça ? résume assez bien le désarroi qui gagne le spectateur suite au visionnage de Matrix Reloaded (sympathique mais sans plus) et surtout Matrix Revolutions (une grosse daube au budget de 150 M$ !).
Aussi, lorsque j’appris qu’une jacquerie de fans avait œuvré pour faire disparaître Sion des épisodes 2 et 3, mon intérêt fut immédiat.
Et CBB l’a fait ! D’entrée, donc, il marque un point.
Alors évidemment, le film ne peut pas commencer par Néo qui s’éveille en sursaut. Il faut une accroche, une première scène qui frappe le spectateur. Et comme nous sommes au début du second volet d’une trilogie, si cette scène pouvait nous remettre dans le bain par la même occasion, ça ne serait pas pire.
Aussi CBB Productions a-t-il eu l’idée de commencer The Matrix DeZIONized par l’ultime scène de Matrix (le premier volet). Bon sang mais c’est bien sûr… Encore fallait-il y penser. Du coup, le spectateur se retrouve en pays de connaissance, il s’en reprend plein les mirettes durant une minute. Et surtout, le cut sur lequel surgit le générique de fin est réutilisé ici comme transition sur Néo s’éveillant en sursaut à bord du Nebuchadenezzar. Simple, mais terriblement efficace. D’autres coupures tout aussi subtiles parsèment le film, mais on aura compris qu’elles savent vite se rendre indispensables.
Quant à la disparition totale des séquences sionesques, elle se révèle prodigieusement adéquate. Il est même surprenant de constater avec quelle facilité les deux autres lieux d’action (les galeries souterraines et les univers virtuels) peuvent coexister, sans être perturbés par cette complète éradication. L’absence de liens croisés entre les trois mondes constituait un signe patent de la problématique construction du scénario. Dans Matrix 2 et 3 (versions d’origine), on était loin, très loin de la fabuleuse interdépendance des trois théâtres d’opérations dans le dernier acte du Retour du Jedi.
La métamorphose via Matrix DeZIONized est criante en ce qui concerne le lifting de Matrix Reloaded : non seulement le film gagne un nouveau souffle, mais surtout il devient un film d’action quasi-non-stop dans l’univers de la Matrice, entrecoupé de quelques rares mais bienvenues plages de réflexion. Son rythme impressionnant fait de Reloaded une vraie réussite. D’une durée d’une heure vingt, il s’insère parfaitement dans l’entreprise d’élargissement de l’univers matricien lancé par les frères Wachowski à travers les excellents courts-métrages Animatrix puis les jeux vidéos de la franchise.
Le rabotage de Revolutions laisse toutefois un goût un peu amer : certes, nous voilà débarrassés des scènes sionesques ô combien agaçantes, mais ici, il faut bien le reconnaître, le remontage du film ne fait pas de miracle : le scénario de Revolutions est gravement déficient. Et on sent nettement que les frères W ne savaient pas comment boucler la boucle. Le duel final entre Neo et Smith est toujours aussi pathétique. Ah, on a bien saisi que Smith est une alternative radicale à la Matrice. Et certes, l'ironie de la situation est savoureuse : un terroriste anarchiste (Neo) contraint de s'allier aux capitalistes (les Machines) pour éradiquer la menace communiste (Smith). Mais ça, on le comprend dès les images qui précèdent le combat. Ce qui fait que la longue baston qui suit n’a plus aucune raison d’être ; et sa débauche d’effets spéciaux n’y change rien.
Quant au pacte passé entre Neo et les Machines, il demeure pour moi totalement incohérent. Certes, les Machines se servent de Neo pour lire le code de Smith et lui injecter l’antivirus, mais après ça, pourquoi épargnent-elles Sion ? Pourquoi respectent-elles leur parole, alors que depuis des décennies, elles exploitent sans vergogne l’humanité et tente d’éradiquer les résistants ? Auraient-elles été touchées (?) par le sacrifice de Neo ? Les ciseaux magiques ont leurs limites. Mais Matrix Dezionized parvient tout de même à rendre Revolutions regardable, ce qui constitue déjà en soi un exploit.
L’expérience d’un bon fan editing présente ici de nombreux avantages. Mais ce qui est vrai pour Matrix 2 et 3 peut ne pas l’être pour d’autres films. CBB Productions compte ainsi à son actif une quinzaine de films remaniés. Et l’un d’eux est La Guerre des Mondes de Steven Spielberg. On touche ici à une autre limite du concept. L’idée de l’équipe est de débarrasser le chef d’œuvre de Spielberg de nombre de scènes et de détails qui empêche le film d’être un film de SF pur et dur. Le problème, c’est précisément que ces scènes élèvent le film au-dessus du tout-venant science-fictionnesque, lui conférant la puissance d’un formidable drame humain. On le voit, l’extrême subjectivité du fan editing place ipso facto le procédé en équilibre instable. L’exercice exige une profonde compréhension du film et une étude minutieuse de la construction de son scénario. La devise de CBB Productions, Sometimes less is more, se révèle à double tranchant. Ainsi, le remontage de La Guerre des Mondes relève de l’aberration. Mais le fan editing de Matrix 2 et 3 constitue une révélation.
Ce mystère insondable nous renvoie aux années 1960, quand les films de Jean-Pierre Melville, boudés par le grand public en France, faisaient un tabac auprès des cinéphiles nord-américains.
Il est vrai que, des films comme ceux de Melville, ils n'en avaient jamais vu. Idem pour les machins de Godard qui, venant de France et étant totalement hermétiques, devaient forcément recéler des trésors insoupçonnés.Il est en effet intéressant de signaler que L'Armée des ombres, pourtant son plus (seul ?) grand film n'a guère marqué les esprits outre-Atlantique, où les cinéphiles autoproclamés lui préfèrent très nettement le reste d'une filmographie qui laisse pantois.
Revoir aujourd'hui Le Samouraï, c'est l'assurance d'une bonne pinte de rire : la drôlissime poursuite dans les couloirs du métro et les rues de Paris, le canari (système d'alarme avant-gardiste),… Mais dès que les zygomatiques se relâchent, Melville nous offre un remède sans faille contre l'insomnie.
Le cercle rouge demeure un modèle de ce qu'il ne faut pas faire au cinéma et devrait être à ce titre enseigné aux apprentis scénaristes et réalisateurs. À moins que lesdits apprentis ne décident de faire leur trou dans le créneau assez restreint de la comédie policière débridée de second degré.
Eh bien, c'est apparemment dans cette niche qu'a souhaité s'engouffrer Olivier Marchal avec sa deuxième réalisation, 36, quai des Orfèvres.
L'ambiance du film est en effet très similaire à celle des foutaises melvillesques. Quoique Marchal dépasse le maître à bien des égards : son film est bien interprété, jouit d'un excellent montage, d'une direction artistique remarquable et d'une réalisation efficace.
On passera sur le côté irréaliste du film de Marchal. Après tout, on se fiche que l'histoire qui aurait inspiré le scénario se soit déroulée il y a vingt ans et qu'elle ait été transposée de nos jours. Parce que, évidemment, la police à l'époque différait énormément de celle d'aujourd'hui.
Sur ce point, après tout, le film est une fiction. Et un film irréaliste peut toutefois s'avérer une réussite, dès lors qu'il est crédible. Donnons donc sa chance au produit. Là encore, ça passe.
Mais là où ça casse, c'est au niveau de la structure du film et du monceau d'incohérences et d'invraisemblances qu'il charrie.
Attention SPOILERS – Si vous avez envie de découvrir par vous-même ce monument du cinéma français porteninouak, passez votre chemin.
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1- Erreur de structuration : le flash forward qui tue:
Le film commence par un flash forward (le contraire du flash back). À quoi ça sert donc, ce machin-là ? Eh bien, l'une des règles de base en écriture dramatique et en réalisation, c'est de commencer un film par une image qui marque le spectateur (que ce soit esthétiquement ou thématiquement). Sur le plan thématique, cela signifie que le scénario doit mettre en image dès les premières secondes le thème, la problématique du film à venir. C'est un exercice difficile. Car généralement, le film débute piano pour finir fortissimo. Alors commencer forte, ce n'est pas évident.
Incapables d'ouvrir leur film de la sorte, de nombreux scénaristes et metteurs en scène trichent : ils utilisent le flash forward: le film commence à l'instant t+1, à un moment avancé de l'histoire où, dramatiquement, il se passe quelque chose de fort. À la fin de cette séquence à t+1, on se retrouve immanquablement avec un flash back à l'instant t. Puis, 1/2 heure ou 1 heure plus tard, on en arrive au fameux instant t+1. Et bien souvent, le metteur en scène nous rebalance la même séquence d'ouverture, qu'on doit donc se farcir une deuxième fois.
La règle, c'est donc qu'un film qui commence par un flash forward ne laisse rien augurer de bon car c'est le signe avant-coureur d'une mauvaise structure du script. Vous vous souvenez de Matrix Reloaded ? De Mission: Impossible-III ? Voilà de bons (ou plutôt mauvais) exemples.
L'exception ? Sunset Boulevard. Mais n'est pas Billy Wilder qui veut.
Et certainement pas Olivier Marchal, qui ouvre son film avec les images-choc de Daniel Auteuil, pleurant dans sa cellule de prison. Ça frappe le spectateur d'emblée, mais la pratique fait long feu, car elle se révèle dépourvue de la moindre utilité dramatique. Elle est clairement là pour faire joli et la redondance plus tard dans le film n'en sera que plus insupportable.
2- Incohérence des personnages:
Les principaux protagonistes nous sont présentés clairement d'une façon, mais agissent de manière diamétralement opposée. Sans vouloir citer tous les cas (mais l'exhaustivité est-elle seulement possible en la matière pour ce film ?), je me limiterai à deux d'entre eux :
a) Daniel Auteuil, chef de la BRI (Brigade de recherche et d'intervention) et Gérard Depardieu, chef de la BRB (Brigade de répression du banditisme) se tirent la bourre pour arrêter un gang. Celui qui réussira sera nommé Directeur de la Police judiciaire (PJ) à la Préfecture de police (PP), un poste de haut-fonctionnaire.
Or, les deux commissaires, ce sont des cow-boys. Des vrais, genre l'inspecteur Harry à côté, c'est Oui-Oui. Mais, durant tout le film, nos deux super-flics de terrain vont se livrer une bataille rangée dans le but de devenir des ronds-de-cuir super mondains !
Buuuuuuuuuuuuuuuuuzzzzzzzzzzzzzzzzz! Incohérence ! C'est pas grave, c'est juste la pierre angulaire du film !
b) Le chef de la BRI (Auteuil) aime vraiment beaucoup sa femme et sa fille. Un soir, il conduit un indic en permission de sortie à un endroit (il ne sait même pas pourquoi…). Le tonton sort de la voiture et flingue trois personnes dans un véhicule en stationnement à côté. Et voilà-t'y pas notre Daniel Auteuil devant un dilemme colossal genre que Corneille, à côté, c'est Barbara Cartland : en gros, Daniel:
A) si tu veux les infos pour coincer le gang et devenir Directeur PJ-PP, tu couvres l'indic. En ne disant rien à ta hiérarchie, tu prends le risque de te retrouver en taule pour 30 ans, loin de ta famille ;
B) si tu préfères ta famille, tu prends l'indic par la peau du cou et tu le traînes au commissariat du coin pour tout expliquer.
Eh ben keskifé Daniel Auteuil ? Il choisit la réponse A) !
« C'est votre dernier mot, Daniel ?
– C'est mon dernier mot, Jean-Pierre.»
Buuuuuuuuuuuzzzzzzzzzzzzzzz ! Mauvais choix ! Incohérence ! C'est pas grave, c'est seulement le principal ressort dramatique du film !!!
2- Grosses invraisemblances des situations :
- Lors d'une intervention de la BRI pour arrêter un gangster ancien mercenaire (bref un enfant de choeur taillé comme un bâton de sucette, vous l'imaginez) : il sont quatre flics, y en a pas un qui couvre les fenêtres. Dommage, c'est par là que le mec saute, en entraînant avec lui le chef de la BRI. Ah ben oui, j'oubliais : le chef de la brigade mène l'interpellation en personne. Grand seigneur, il laisse le papa gangster faire la bise à sa fifille, ce qui donne au malfrat tout loisir pour choper ledit commissaire et lui faire danser une valse en apesanteur depuis le deuxième étage !
- Le commissaire chef de la BRB (Depardieu, donc) fait volontairement capoté (et bien capoté !) une opération contre des gangsters de haut vol. Il déclenche ainsi une fusillade, causant des morts et des blessés chez les flics. À l'IGS (la police des polices de la PP), aucun flic n'ouvre son plomb pour le dénoncer, ni à la BRB, ni même à la BRI, service concurrent ; sauf le chef de la BRI (Auteuil), dont le témoignage est jugé non valable parce qu'il a été entre-temps mis en examen dans une autre affaire ! On rêve !
- Le même commissaire de la BRI, mis en examen, est finalement placé en détention préventive. Il est sorti provisoirement de taule pour son audition par le juge d'instruction. Auteuil en profite pour prendre en otage deux gendarmes et le juge pour qu'ils le laissent voir sa femme. Notre brave commissaire attache ses 3 otages au radiateur (non baillonnés!), va dire un petit bonjour à sa femme dans les couloirs du Palais de Justice et lui déclame : « T'inquiète pas, ils peuvent pas me garder longtemps, ils ont rien contre moi».
Non, ben non, tu penses ! Séquestration d'un juge et de deux gendarmes, c'est sûr, il va sortir de taule tout de suite ! En plus, le juge, c'est un juge rouge (bien anti-flic) ! Et ben non, v'la t'y pas mon Daniel Auteuil qui retourne dans le cabinet du juge, qui détache les trois fonctionnaires et qui se laisse reconduire docilement en prison !
- le chef de la BRB (Depardieu donc) est finalement nommé Directeur de la PJ parisienne. Je ne sais pas si vous vous imaginez, mais c'est pas un petit poste de m… Toujours est-il que notre tout frais Directeur PJ-PP mène personnellement une poursuite en bagnole et pousse les poursuivis dans le fossé. Il sort de la voiture, s'approche de l'épave. Tous ses subordonnés le voient achever par balle les deux passagers moribonds : le truand et la civile prise en otage ! Et bien sûr, pas un des flics présents ne va ouvrir son plomb à l'IGS. Allez, roulez, petits bolides...
Ah j'oubliais… la civile prise en otage, c'est la femme du chef de la BRI en taule ! Wouah ! Shakespeare, enfoncé !
- un lieutenant de police qui a participé à une opération cagoule contre un proxénète est reconnu huit ans plus tard, uniquement par le couteau qu'il a volé audit mac qu'ils ont tabassé. Alors vous devez penser que le couteau, bien sûr, ça doit être une pièce de collection, unique dans tout le système solaire… Sauf que c'est un modèle super-courant qu'on trouve en 50 exemplaires dans n'importe quelle armurerie de France et de Navarre !
- le gitan qui tabasse les prostituées, victime de ladite opération cagoule, huit ans après, sur un coup de chaud, il prépare et perpètre l'assassinat du Directeur de la PJ-PP. Déjà, incohérence du personnage : si le gitan prend un coup de chaud, il y va franco tout de suite, il ne planifie pas méthodiquement l'assassinat.
Mais en plus, il le flingue où, le super-flic ? Devant le 36, quai des Orfèvres, le soir d'une méga-réception de la police parisienne, alors qu'il y a 250 flics au m², et que Depardieu tient une arme à la main. Dis donc, le gitan, t'attendrais pas que le flic rengaine et qu'il s'éloigne seul jusqu'à sa voiture, non ? Ben non, des fois que ce soit trop simple !
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J'arrête là, j'en ai encore des litres du même tonneau. On l'aura compris 36, Quai des Orfèvres mérite franchement le détour, ne serait-ce que pour halluciner devant la facilité avec laquelle Olivier Marchal a fait avaler des boas constrictors à la critique. Il est vrai que pour bon nombre d'entre eux, quand t'a dit Melville, t'as tout dit. Voilà au moins un point sur lequel on est d'accord !
36, Quai des Orfèvres est certes mal construit, bourré d'incohérences et d'invraisemblances. Mais c'est avant tout le film d'un ex-flic de la Brigade criminelle, aigri bien avant l'âge et qui profite de sa seconde carrière pour régler ses comptes. On aurait aimé que cette petite vengeance qui se mange très froide (vingt ans après !) fût tranchante. Malheureusement, elle n'est que contondante.
Dans la série Découvrons le cinéma québécois à dose homéopathique, je suis encore tombé récemment sur une pépite. La Turbulence des fluides de Manon Briand (2002) s'avère en effet un film intimiste magnifique, subtilement teinté de fantastique.
Synopsis : une sismologue canadienne vivant au Japon est envoyée en mission de recherche dans sa ville natale, Baie-Comeau, sur le littoral québécois. En effet, depuis quelques jours, dans la baie, la marée s'est arrêtée. L'enquête de la scientifique débute sur les plages de Baie-Comeau, puis la conduit au contact des habitants. De fait, elle tombe bientôt en amour avec un pilote de Canadair. Les deux histoires vont bientôt se trouver irresistiblement mêlées. La sismologue distante et rationnelle va ainsi vivre un voyage intérieur troublant et décisif.Manon Briand nous prouve ici superbement que le Québec au cinéma ne se limite pas aux rues de Montréal. Mais elle démontre aussi comment une histoire banale (un coup de foudre amoureux) peut prendre un relief saisissant pour peu que l'on sache y mêler une once de paranormal. Avec une apparente simplicité, l'auteure-réalisatrice crée une atmosphère lancinante mais jamais ennuyeuse, propre au surgissement du fantastique. Car le film ne joue sur aucun des effets spectaclaires du genre. Au contraire, on assiste à une montée irrépressible du mystère, subtilement dissimulée entre les portraits tendres et comiques des habitants et les investigations de la scientifique. Manon Briand est ainsi parvenue à construire un récit équilibré, à la fantaisie bien maîtrisée.
L'évolution du personnage principal, son lâcher-prise sur le plan scientifique puis émotionnel, son face-à-face avec la mort, tout concourt à faire du film un charmant envoûtement. Même lorsque survient le retournement final et que l'on se croit noyé dans un malencontreux mélo, l'auteure nous tire la tête de l'eau et nous émerveille en un tournemain : on se souviendra longtemps de cette ultime ligne de dialogue qui boucle magnifiquement le cycle du drame passé.La Turbulence des fluides affiche ainsi un déterminisme qui rappelle étrangement celui de Simple mortel, le chef d'oeuvre de Pierre Jolivet et LE film de science-fiction français.
Difficile d'en dire plus sans dévoiler le mystère de Baie-Comeau. J'en terminerai donc là, en précisant que La Turbulence des fluides est l'un des plus beaux films écrits et réalisés par une femme[1] qu'il m'ait été donné de voir. D'où mon regret que les auteures-réalisatrices n'aient pas davantage d'espace pour s'exprimer.[2]
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[1] Notez que je ne dis pas film de femme, expression qui ne veut rien dire.
[2] Pour faire bonne mesure et ne pas paraître trop démago, je précise « les auteures-réalisatrices qui ont quelque chose à dire ». Vive donc les Coline Serreau, Jane Campion, Agnès Jaoui, Christine Pascal,.... En revanche, les réalisations de Carole Laure, Catherine Breillat et autres Danièle Thompson, merci bien...

