6 posts tagged “musique”
Sur
le papier, Guitar Hero a tout du pauv' jeu pour Amstrad ou
Commodore 64, émulé sous PlayStation ou autre Wii. Quoi de plus
basique en effet que de jouer grossièrement une partition de guitare en
appuyant sur un maximum de 5 touches correspondant à autant de notes de musique
qui défilent à l'écran ?
Certes,
les 5 touches sont placées sur le manche d'une simili-guitare. Mais bon, il n'y
a quand même pas de quoi se relever la nuit. Enfin... En théorie seulement, car
dès qu'on a commencé à jouer à Guitar Hero, il y a franchement de quoi
se relever la nuit, au sens propre.
Quoi de plus excitant en effet que d'avoir l'impression de jouer de la guitare électrique sur des morceaux de rock qui déchirent ? Il ne vous manque plus que la petite casquette, les culottes courtes, le blazer d'écolier anglais et vous êtes Angus Young dégainant son riff sur Highway to Hell...
On
comprendra donc aisément que j'ai envisagé un moment d'acheter une console de
jeux pour profiter de Guitar Hero. Mais des considérations bassement
budgétaires m'ont rapidement dissuadé de passer le pas. Il suffit d'aligner les
chiffres :
la simili-guitare : 80 $
un jeu de la série Guitar Hero : 70 $
--------------------------------------------------------
GLING ! 450 $
Une solution alternative aurait consisté à me tourner vers la version PC de Guitar Hero. Mais cela n'enlevait guère que le prix de la console. Avais-je envie de sortir 150 $ pour me faire un petit plaisir. Je dis bien « petit » plaisir. Explication.
1
- Sur une seule version du jeu, le nombre de morceaux qui me font triper
s'avère particulièrement réduit. À peine trois ! Ça fait cher le riff !
2 - Et encore : pour pouvoir accéder à ce trio de pépites, il faut se coltiner une vingtaine de morceaux que je trouve proprement inintéressants et ce, juste pour cumuler les points et accéder aux niveaux supérieurs et aux morceaux tant convoités.
3 - Il se trouve que je suis sorti de l'adolescence depuis belle lurette et je n'ai donc plus 30 heures à perdre chaque semaine sur ma pseudo-gratte pour pouvoir finalement me défouler 3 minutes sur un air qui me fait planer.
Bref, j'avais fait assez rapidement une croix sur Guitar Hero et autre Rock Band.
Mais voilà que cette semaine, le Saint Graal m'est apparu. À des fins professionnelles (c'est là tout le sel de l'histoire), j'écumais le Web à la recherche d'un logiciel de carte heuristique qui devait être libre mais aussi portable (c'est à dire utilisable directement depuis une clé USB, sans installation préalable sur disque dur). Et voilà que je tombe par le plus grand des hasards (c'est là tout le poivre de l'histoire) sur un autre logiciel portable : FretsOnFire. Il s'agit d'un programme libre qui reproduit fidèlement l'interface de Guitar Hero.
Alors vous allez me dire : Warf Warf ! Un Guitar Hero du pauvre sur PC. Tu parles d'un coup. Ça doit être bien nase...
Eh bien, voyons cela en images.
Si vous trouvez ça encore trop rudimentaire, vous pouvez installer des "mod", autrement dit des environnements développés par des fans du programme. En voici deux exemples parmi une foultitude.
Vous pouvez même rajouter des arrière-plans animés en 3D.
- Frets on Fire est un logiciel gratuit (ça commence bien...)
- Il a été développé sous Linux puis adapté sous Windows. Il ne nécessite donc pas d'avoir un PC de compétition pour tourner correctement.
- Le programme peut parfaitement fonctionner à partir de votre clé USB. De fait, si vous voulez vous faire un délire à la dérobée, tout ce dont vous avez besoin, c'est un ordinateur et ladite clé USB. FretsOnFire est un logiciel dit portable : vous n'avez même pas à l'installer sur le disque dur de votre ordinateur ! Il ne faut donc que 5 secondes pour que votre pause déjeuner au travail se transforme en jam session endiablée.
- Comme de très nombreux logiciels libres, FretsOnFire dispose d'une vaste communauté de fans et de développeurs. Ce qui signifie que le Web regorge littéralement de morceaux de musique ad hoc. En fait, ils se comptent en... milliers !
- Pour de très nombreux morceaux, vous pouvez jouer la partition de différents instruments (guitare, guitare basse, batterie,...). Le tout avec différents niveaux de difficulté.
- Pas besoin de vous échiner des heures sur d'obscures « faces B » de Def Leppard ou Scorpions pour avoir le droit de se la péter grave sur The Police, AC-DC, Nirvana, Kiss, The Who ou autre Queen. Vous choisissez le morceau que vous voulez, quand vous le voulez, selon le niveau de difficulté que vous voulez (lorsque ces différents niveaux existent). FretsOnFire donne un nouveau sens au vocable « logiciel libre ».
- Vous pouvez brancher un accessoire guitare sur le port USB de votre ordinateur. Mais ce gadget n'est quand même pas donné.
- Pourquoi dépenser 80 $ quand vous avez déjà l'accessoire ultime sous la main : votre clavier ! Non seulement il ne vous coûtera pas un rond, mais en plus, il va vous donner un look encore plus culte.
Eh oui. C'est là le détail qui tue. Avec FretsOnFire, vous allez tenir votre clavier comme une guitare électrique (!). Avec le pouce (ou l'index) droit, vous activez la touche Enter (ou Shift droit, ou encore Retour arrière – c'est librement configurable). Et avec les doigts de la main gauche, vous pressez les touches F1 à F5.
Vous allez ressembler à l'image ci-contre, autrement dit à rien. Mais essayez une fois, juste pour voir. L'effet est garanti. Vous allez vous prendre au jeu – c'est le cas de le dire – et vous ne voudrez plus lâcher votre clavier. Le symbole de votre asservissement professionnel à l'informatique va se révéler votre meilleur ami.
FretsOnFire est LE jeu que j'aurais adoré avoir il y a un quart de siècle. J'aurais sérieusement déliré sur Ziggy Stardust de Bowie et Synchronicity II de The Police, mon clavier dans les mains.
Bon... En fait... Aujourd'hui, je délire sur Ziggy Stardust et Synchronicity II mon clavier dans les mains. Mais de façon beaucoup plus mature, plus retenue. Oh oui... Comme disait Philippe Khorsand dans Attention une femme peut en cacher une autre : « En fait, j'exulte, mais ça se voit pas.»
FretsOnFire, c'est rien moins que la résurrection de votre rock attitude. Celle que vous avez perdue il y a dix ou quinze ans. Allez, 10 minutes par jour, That's better than therapy.
Parlons technique :
Eh oui. Se taper un délire sur Thunderstruck, ça se mérite...
FretsOnFire est disponible pour Linux, Windows et Mac, mais je me limiterai ici à la version développée pour l'OS de Bill Gates.
Les dernières versions de FretsOnFire disponibles sont les v. 1.2.514 et v. 1.3xx. Malheureusement, elles ne fonctionnaient pas sur mes ordinateurs dès lors que j'essayais d'importer des morceaux de musique supplémentaires. Ce qui était hautement problématique. Renseignements pris sur les forums spécialisés, ces deux versions seraient effectivement porteuses de leur lot de bogues.
Mais il existe une solution : la version 1.2.451 qui fonctionne parfaitement. Elle peut être téléchargée ici.
Cela dit, si votre processeur et votre RAM ne sont pas faméliques, il est encore préférable d'utiliser une version alternative de FretsOnFire. Il s'agit de FretsOnFire X (FoFiX), issu d'une équipe de développeurs différente et qui intègre automatiquement plusieurs interfaces (notamment celles illustrées plus haut). FoFiX est encore plus impressionnant : il nous plonge véritablement dans un Guitar Hero ou un Rock Band.
Pour installer et jouer à FoFiX, suivez ce tutoriel.
Les codes source de FoF et de FoFiX diffèrent. Toutefois, les fichiers de chansons sont totalement compatibles sur les deux programmes.
Les forums spécialisés, via leur moteur de recherche, vont rapidement vous aiguiller vers les morceaux de vos groupes favoris. Alors, ne rêvez pas : pour l'intégrale des Beatles, il faudra repasser. Mais en cherchant bien, vous devriez dégoter des petites anthologies. Pour commencer, jetez donc un oeil ici, ou ici ou encore ici.
Chaque morceau tient dans un répertoire propre, qui doit être placé (de préférence) dans le répertoire /data/songs du programme. Lors du premier démarrage de votre FretsOnFire, il se peut que le programme vous demande de lui indiquer l'emplacement de ce répertoire songs.
Après ça, c'est à vous de jouer. Vous êtes prévenus : l'addiction vous guette.
Toujours très prompt (hum…) à réagir en matière d'actualité musicale (voire mes précédentes chroniques surannées en la matière), je me penche aujourd'hui sur le dernier album de Jean Michel Jarre, dans les bacs depuis… plus d'un an et demi.
Téo & Téa vaut en effet doublement la peine de jouer les carabiniers de chronique culturelle.
Sur le fond tout d'abord. On ne peut pas dire qu'avec des disques tels que Métamorphoses (2000) ou Geometry of Love (2004), JMJ nous avait particulièrement fait vibrer depuis 10 ans. Il semblait davantage surfer sur une déferlante de rééditions : on ne comptait plus les enregistrements en concert, compilations et remixes sortis ces derniers temps. Le pire des pires demeure certainement The Symphonic Jean Michel Jarre (2006), où des musiciens d'un orchestre s'époumonent (c'est le cas de le dire) pour reproduire le son électronique labellisé JMJ. Jouez hautbois, résonnez musettes ! L'album est à pleurer. Pourquoi pas un very best of Sergueï Prokofiev à l'ocarina ? Ou bien André Rieu & Maurice André interprètent Vangelis ?
Et puis soudain, mars 2007 : Téo & Téa. Jarre nous offre là son album original le plus abouti depuis bien des années.
Malgré ses 60 printemps, l'artiste se paie le luxe de renvoyer sur les bancs de l'école nombre de jeunes loups qui se croyaient en état de le rayer des tablettes. Les David Guetta et consorts ont beau se la péter grave genre « We are the champions » et « La musique électronique, c'est nous ». Avec Téo & Téa, ces spécialistes du stérile copier-coller-qui-rapporte-des-millions-dans-les-discothèques-branchées se prennent une baffe mémorable. Alors même que l'on voyait chez Jarre un dinosaure tout juste bon à toucher les royalties d'albums genre "Tribute to JMJ", le cave se rebiffe. Sur les 13 morceaux de Téo & Téa, au moins 3 méritent ipso facto de figurer dans les annales de la musique électronique. Non content d'opérer une remontée fulgurante au classement des musiciens marquants de notre temps, Jarre se paie le luxe de battre les lutins de la musique électronique sur leur propre terrain : la techno.
C'est en effet un sexagénaire, particulièrement dédaigné ces derniers temps, qui vient nous réconcilier avec ce genre musical largement surfait et qui tourne à vide depuis dix ans. On a beau voir se multiplier les sous-genres (trance, hardcore, dance floor,…), force est de constater que les phénoménaux Daft Punk et autres Propellerheads ne sont pas légion au XXIème siècle…
Outre sa valeur musicale intrinsèque, Téo & Téa a un mérite formel : celui de nous offrir un écrin tout aussi brillant que la pépite qu'il abrite. Le dernier opus de Jarre reprend en effet la recette gagnante du précédent Aero (2005) mais encore enrichie : outre un CD classique, l'album sort au format DVD. Le disque compte une section vidéo forte d'un clip. C'est peu, mais c'est tout de même mieux que le DVD d'Aero qui nous gratifiait du regard surexposé et lassant d'Anne Parillaud en plan fixe durant 90 minutes.
Le DVD de Téo & Téa héberge 3 versions sonores :
-
PCM 2.0, autrement dit une version stéréo non compressée ;
-
Dolby Digital 5.1, version multicanaux compressée ;
-
Dts, autre version 5+1 voies, mais cette fois non compressée.
Pourquoi une telle pléthore de formats sonores ? Parce que Jean Michel Jarre a compris avant tout le monde il y a plusieurs années que l'avenir de l'industrie du disque ne passerait pas par un protectionnisme blindé en vue d'assurer que la monnaie continue de tomber dans les caisses. La lutte contre la piraterie sera inefficace tant qu'elle sera menée avec des algorithmes de protection anti-copie et des poursuites judiciaires contre Monsieur Quidam et ses 50 fichiers mp3. Non, ce combat se gagnera par un accroissement de la qualité formelle des produits.
Ainsi, dès l'apparition du CD dans les années 1980, Jean Michel Jarre peste contre cette même industrie du disque qui, pour assurer une rentabilité à court terme, opte pour des disques compacts au rabais, encodés en 10 bits. Résultat : le gain qualitatif est nul. Et le son des bons vieux vinyles est toujours meilleur. Enfin, en théorie. Car pour constater la différence, il faut quand même avoir un peu l'oreille absolue et – pour paraphraser Audiard – un ampli de la puissance de feu d'un croiseur et des enceintes de concours…
Il faut attendre 15 ans pour voir apparaître les nouveaux rayons lasers, qui autorisent une galette de 12 cm à accueillir des encodages et des échantillonnages plus riches. Mais voilà que surgit la guerre des formats. Le CD est le parent pauvre de la musique numérique. Qu'à cela ne tienne, on va créer une niche lucrative : celles des audiophiles autoproclamés. Vous aimez la musique de qualité ? Alors vous aurez bien les moyens de vous payer de nouveaux matériels. Et voici que fleurissent (et fanent presque aussi vite) SACD et autres DVD-Audio. Autant de formats incompatibles mais qui rapportent et qui creusent une audiophilie à deux vitesses : le CD pour la plèbe, la haute définition numérique pour les riches (ou les endettés).
Jean Michel Jarre est un artiste extrêmement populaire. Ces disques se vendent à des millions d'exemplaires. Ces concerts grandioses attirent les foules à travers le monde. Comment va-t-il concilier son intransigeance technique avec sa nécessaire accessibilité au plus grand nombre ?
La solution s'imposait d'elle-même. Pourtant l'industrie du disque s'était bien gardée de l'encourager. Et il faut bien l'audace d'un artiste du calibre de Jarre pour aller à l'encontre de cette aberration.
JMJ constate la popularité éclair du DVD-Vidéo et des matériels sonores ad hoc. Il comprend que si le cinéma à la maison se lance dans le son multicanaux (Stereo Surround, AC3, puis dts), l'avenir de la musique doit à l'évidence s'extirper du carcan stéréophonique.
Y a-t-il pour autant besoin de développer des supports spécifiques à la musique ? Les DVD-Audio et autres SACD se justifient-ils ? Bien sûr que non ! Si on est capable de mettre sur un seul DVD un film de 2 heures, avec 4 versions sonores différentes, on doit bien être capable de faire tenir une heure de musique haute définition sur ce même DVD. Prétendre le contraire est une ânerie d'incompétent. Ou un mensonge de capitaliste sans scrupules.
DVD veut dire Digital Versatile Disc. Ce qui signifie qu'il est conçu pour accueillir toutes sortes de formats de donnés. C'est un véritable non-sens de pousser au développement du DVD-Audio, un DVD seulement pour l'audio. Pas très versatile, le disque...
Jarre lance donc le DVD-Vidéo dédié à la musique. Car pour lui, un DVD, c'est d'abord un disque numérique qui peut héberger 7 fois plus de données qu'un CD.
À l'arrivée, en 2005, JMJ sort Aero, un DVD qui compte deux pistes sonores en 5.1. C'est le premier album au monde mixé de la sorte. La plupart des morceaux sont des remixes de ses classiques. Aero est donc davantage une expérimentation.
Mais deux ans plus tard, sur Téo & Téa, 100 % des morceaux sont inédits. La démarche s'inscrit donc dans le long terme. Jean Michel Jarre a définitivement viré à la musique multicanaux.
Mieux, en passant à la volée de la piste stéréo haute définition (non compressée) à la version dts (5.1 non compressée), on a l'impression qu'on n'écoute pas le même morceau. En fait, ce n'est pas une impression. La richesse de la piste multicanaux est hallucinante.
Trois raisons à cela :
- Evidemment, il y a plus d'informations sonores sur 6 hauts-parleurs que sur 2.
- Encore faut-il que ces 6 pistes soient spécifiquement et correctement mixées ; or le travail de Jarre et de son équipe est ici ineffable.
- Le stéréo est fait pour donner l'impression que le son vient de l'intérieur de la tête de l'auditeur. Le 5.1, au contraire, est conçu pour que le son provienne de toutes parts.
De fait, une fois que l'on a écouté Téo & Téa en dts, la piste stéréo devient inutile, inexistante. Jean Michel Jarre nous ouvre les portes de la perception musicale en 3 dimensions. Le retour en arrière est tout simplement impossible.
Le message à l'industrie du disque est clair : voilà comment limiter drastiquement le piratage. En effet, même si le DVD de Téo & Téa peut être copié (sur la forme, ce n'est qu'un DVD comme les autres), la qualité musicale du produit en fait un objet de collection dont tout mélomane de l'électronique se doit d'avoir un original dans sa discothèque.
On attend les prochains albums inédits de Jean-Michel Jarre avec une impatience non dissimulée. Le compositeur semble en effet avoir trouvé une nouvelle jeunesse dans la musique multicanaux. Il est vrai que, après dix années diaphanes et un total de 35 ans de carrière, redevenir un pionnier a de quoi redonner l'inspiration.
Esmée Denters - la Hollandaise planante
Qu'y a-t-il de plus insupportable que la dernière interview télévisée de BHL ? Le dernier single de Mariah Carey, pardi ! Entendre un morceau ou voir un clip de Jennifer Lopez, de Christina Aguilera et autres Shakira me donne des envies irrépressibles de balancer des pierres sur la platine CD ou l'écran de télé.
Ces divas à deux sous ont exploré une nouvelle fosse abyssale de l'insipidité. Atteintes au dernier degré du syndrôme "Same song, different title", elles font le bonheur des maisons de disques qui capitalisent scandaleusement depuis des années sur le conformisme crasse d'une majorité de paires d'oreilles (ces mêmes maisons de disques qui versent des larmes de crocodile devant le téléchargement sur Internet et l'évolution des nouvelles technologies).
Je pensais jusqu'à hier que mes nausées étaient dues aux chansons, mièvres à souhait et capables de donner la migraine à un cheval de trait. Mais non : les responsables de ce lucratif fiasco artistique, ce sont les chanteuses elles-mêmes !
Sous des allures de haute technicienne des cordes vocales, elles donnent l'illusion de l'émotion. Mais votre dernier frisson en écoutant J-Lo, il remonte à quand ?
La question me semble légitime, car je viens de découvrir que ces niaiseries peuvent faire vibrer, quand elles sont chantées par une chanteuse de vrai talent. En l'occurrence une complète amateure hollandaise de 18 ans...
Le phénomène s'appelle Esmée Denters. Depuis des mois, la demoiselle place sur YouTube des videos de ses performances solo dans sa chambre devant sa webcam, a capela ou à son clavier.
Y a-t-il une explication rationnelle au fait que ses interprétations (dans des conditions précaires) d'effroyables partitions éveillent en moi une certaine émotion ?
Alors vous allez me dire, si elle avait le physique de Jackie Sardou ou (si vous êtes Québécois) de Ginette Reno, ça me ferait sûrement moins d'effet.
Sauf que :
1- Jennifer Lopez n'est quand même pas particulièrement désagréable à regarder. Mais la voir se trémousser dans les clips de ses daubes ont développé chez moi un réflexe conditionné dit de zapping furioso.
2- Même quand j'écoute la jeune Hollandaise en lisant une autre page Web, le charme opère toujours.
Alors quand elle chante une vraie chanson, comme The Dock of the Bay d'Otis Redding, (a capela, live et en position assise, sinon c'est trop facile !), forcément, ça dépote...
Ben oui, parce que, même niveau R'nB, la donzelle assure grave :
How come you don't call me de Alicia Keyes :
Mais encore plus frappant : la comparaison qui tue :
One in a Million chanté par Aaliyah dans un clip à 1 M$ :
et chanté live par Esmée Denters devant sa webcam :
Cherchez l'erreur !
Esmée Denters vient de signer un contrat avec la nouvelle maison de productions de Justin Timberlake. Le chanteur a d'ailleurs déclaré :
Elle chante mes chansons mieux que moi.
Je confirme. Et les faits sont implacables :
Une étoile est née. Et celle-là, elle n'est pas en papier glacé.
Le chauvinisme de la presse culturelle québécoise ne laisse de me surprendre. Lorsqu'un chroniqueur (ou une chroniqueuse… ou chroniqueure, je ne connais pas la règle lexicale…) se penche sur un artiste québécois… C'est formidable. C'est comme si l'esprit critique des journalistes estampilés "arts et spectacles" s'arrêtait aux frontières de la Belle Province. Deux exemples flagrants me sont tombés dessus le même jour.
Tout est bon dans le cochon culturel québécois, à commencer par l'art contemporain qui, comme chacun sait, est à notre temps ce que Lascaux fut à la préhistoire. J'en veux pour preuve la chronique de Catherine Perrin, sur la première chaîne radio de Radio-Canada, hier matin. Parlant de la Biennale de Montréal (exposition d'art contemporain dans plusieurs sites de la ville), Madame Perrin nous narre sa visite à une école qui a prêté certains de ses locaux pour permettre à des artistes d'y exposer leurs œuvres.
La journaliste nous dit alors que cette initiative est « peut-être une fausse bonne idée» car, lorsque l'artiste n'a pas eu le temps de s'approprier son espace d'exposition, cela se ressent sur la qualité de présentation de ses œuvres. Le spectateur serait ainsi parasité par le cadre de l'exposition, « parfois de façon dramatique car cela entretient certains clichés négatifs sur l'art contemporain, que c'est un peu n'importe quoi». Elle déclare qu'en entrant dans certaines salles d'exposition,
je me sentais un peu comme la morone qui entre et qui dit "Ben voyons donc, des photos de cactus…". C'est pas mon genre. D'habitude, je suis plus ouverte que ça.
Il faut-tu pas être snobe en tabarnane pour parler de même ? Eh, Mme Perrin, t'habiterais-tu pas sur le Plateau ?
Traduction des propos de la susmentionnée :
1- Si vous entrez dans une salle d'exposition et que vous ne voyez dans l'œuvre accrochée au mur (des photos de cactus) que des photos de cactus, vous êtes un moron, c'est-à-dire un imbécile. Merci, Mme Perrin; avec ce genre de phrases, on constate effectivement que vous avez une grande ouverture d'esprit !
2- Si vous trouvez que l'œuvre exposée est une bouse, vous n'y êtes pas : ce n'est pas la faute de l'artiste québécois (qui a pourtant à l'évidence autant de talent pictural qu'un sasquatch). Non non, c'est la faute aux conditions d'exposition de l'œuvre !
C'est pas de la belle bullshit, ça ?! Mme Perrin, s'il faut que vous soyez placée en caisson d'isolation sensorielle pour apprécier une œuvre, c'est que votre sensibilité artistique vole au ras des pâquerettes.
Personnellement, j'estime qu'une œuvre est belle lorsqu'elle continue de fasciner quelles que soient les circonstances dans lesquelles on la voit ou on l'entend. Dans le cas contraire, il faudrait considérer La Joconde comme une horreur, sous prétexte qu'on ne peut pas la voir correctement au Louvre, dissimulée en permanence derrière un rideau de touristes japonais qui jouent aussi fréquemment du flash de leur appareil photo numérique que d'autres clignent des yeux.
Dans le même ordre d'idées, je peux tout aussi bien regarder Metropolis de Fritz Lang religieusement sur une toile de cinéma de 30 mètres de base que sur l'écran de 7 pouces de mon lecteur DVD portable, dans un train : le film reste un chef d'œuvre monumental.
Si on en est rendu à estimer qu'une œuvre d'art contemporain serait magnifique si seulement elle était présentée dans un cadre adéquat, dans de bonnes circonstances, c'est peut-être bien tout simplement que, pour cette œuvre, les meilleures conditions d'éclairage sont le noir complet.
Eh, Catherine, lâche-toi ! Dis-y que ces photos de cactus, c'est vraiment n'importe quoi !
Mais la journée ne faisait que commencer. Quelques heures plus tard, je tombe sur un article d'Alexandre Vigneault, chroniqueur musical au quotidien montréalais La Presse. Il nous y parlait du dernier concert du groupe Arcade Fire à Montréal. Groupe montréalais (donc québécois) francophone et anglophone (c'est bon ça, le cosmopolitisme, ça fait capoter les chroniqueurs culturels), Arcade Fire a sorti deux albums: un bijou (Funeral en 2004), et une daube (Neon Bible en 2007).
Comme je l'ai déjà mentionné sur ce blog, l'emballement de 2004 est plus que mérité, tandis que celui de cette année est particulièrement surfait. Peu avant la sortie officielle de Neon Bible, en février dernier, le même Alexandre Vigneault de La Presse ne tarissait apparemment pas d'éloges sur la galette. Mais dans le même temps, en lisant entre les lignes, on constatait que le journaliste n'osait pas dire clairement que le second opus était décevant. Ainsi, suite à un concert à la Fédération Ukraininenne (Montréal), il écrivait :
« Les meilleurs moments du concert d'hier ont été liés à des chansons tirées de Funeral et non aux nombreux titres à paraître le mois prochain sur Neon Bible. Un peu parce que les nouvelles chansons, presque toutes faciles à trouver sur Internet, n'ont pas eu le temps de vivre dans le coeur des fans, mais aussi parce que plusieurs d'entres elles tranchent avec le côté exutoire de Funeral.
Neon Bible s'annonce comme un album sombre, voire très noir, où Win Butler exorcise de vieilles peurs nocturnes. Ça donne parfois des morceaux lourds (…) qui s'intègrent encore assez mal au reste du répertoire. (...) On sait toutefois que The Arcade Fire demeure un fabuleux groupe de scène. On pressent toutefois que, lorsqu'il sera plus à l'aise dans l'ensemble de ses ambitieuses manoeuvres orchestrales nocturnes, ses prestations seront envoûtantes du début à la fin.
Et nous revoilà, trois mois plus tard, avec le même Vigneault, après deux concerts successifs à l'aréna Maurice-Richard :
(...) Une manifestation de joie qui fut de courte durée puisque la première chanson au programme a été Black Mirror, morceau aussi sombre que son titre. No Cars Go, tout de suite après, a confirmé notre pire crainte: l'acoustique de l'aréna Maurice-Richard allait gâcher une partie du plaisir qu'on avait à retrouver Arcade Fire. Devant, au parterre, la sono était brouillonne. Derrière, toujours au parterre, la réverbération était telle qu'on se serait cru dans un sous-sol d'église. Impossible de goûter pleinement les élégants arrangements musicaux mêlant guitares rock, cuivres et violons. Même pour les voix, c'était souvent limite.(…) Black Mirror ne passe toujours pas la rampe (…).
Il demeure que les chansons anciennes continuent de voler la vedette aux plus récentes. Ce n'est pas que les titres de Neon Bible sont moins inspirés, simplement que certains morceaux, Tunnels, Power Out, Rebellion et Wake Up, semblent avoir été expressément conçus pour être partagés. Pour être chantés en choeur dans la joie et un minimum de désordre. Même l'acoustique défaillante de l'aréna Maurice-Richard ne peut rien contre cette fièvre-là.
De l'art de dire une chose et son contraire. Ce n'est pas que Neon Bible est moins bon que Funeral… Ben non, c'est sûr. En tant que journaliste culturel au Québec, on n'a pas le droit de tirer sur un étendard québécois agité à l'international. Alors on utilise des périphrases et des pirouettes de pigiste.
Ainsi, les chansons du second album présentées en concert n'ont pas été « conçues pour être partagées ». On se demande bien ce qu'elles foutent au programme d'un concert grand public !
Ça serait-tu pas parce que les chansons de Neon Bible sont poches en crif ? Que nenni ! Le responsable, c'est l'acoustique ! Cette salle de concert est nulle. Jouée deux fois en deux jours, la chanson « Black Mirror ne passe toujours pas la rampe». La faute à l'acoustique, on vous dit.
Parce que, Black Mirror, c'est un monument. Rien que les paroles déjà, c'est une anthologie :
(Win Butler :) Un deux trois, le miroir noir !
(Les chœurs :) Un deux trois, le miroir noir !
En français dans le texte. Arrêtez de rire dans le fond !
Bizarrement, pour Vigneault, lorsque le groupe entonne les tubes du premier album, l'acoustique cesse d'être un problème. Allez Alexandre, lâche-toi ! Dis-le qu'il est pas bon, c't asti d'album !
C'est précisément ce que doivent se dire les fans du groupe Arcade Fire qui n'ont pas encore découvert Neon Bible, le prochain album de leur groupe favori (sortie officielle le 6 mars prochain).
Les autres (qui savent que les moteurs de recherche internet font des miracles) ont certainement les oreilles qui résonnent encore du titre d'un autre film, de Mark Robson, celui-là : Plus dure sera la chute.Autant la première audition de Funeral nous avait empli de l'indicible sensation d'avoir une pépite sur la platine, autant les écoutes répétées de Neon Bible évoquent à nos oreilles les flatulences de la montagne qui a accouché d'une souris.
Ceux qui auront été aveuglés par l'effet d'appel du groupe, amplifié par le concert de louanges médiatiques, scotomiseront à fond, s'auto-persuadant qu'Arcade Fire est encore le plus grand groupe du monde. Les autres, ceux qui ont des oreilles (et éventuellement un cerveau pour interpréter les signaux sonores), auront bien du mal à se remettre de leur déconvenue.
Pas un morceau de Neon Bible n'arrive ne serait-ce qu'à la cheville de Wake Up ou de Neighbourhood #1, #2, Rebellion Lies ou The Backseat, les cinq merveilles de l'album Funeral.
Texture sonore d'originalité Zéro, rythme bien trop lent pour un groupe qui se prétend branché sur 100 000 V, mélodies globalement inintéressantes,… C'est bien simple, on ne comprend pas comment ceux qui ont enfanté Funeral ont pu nous pondre Neon Bible.
Et on voit mal quel morceau de cet album David Bowie voudrait chanter en duo (ou plutôt en duodéca) avec Arcade Fire. Certains se souviennent de ce Wake Up lyrique, interprété sur scène par le groupe et le génie du rock.
Il est vrai qu'à l'époque, Arcade Fire était encore peu connu du grand public et devait faire ses preuves. Mais il est loin le temps où le groupe se défonçait en première partie de U2. Entre-temps, Arcade Fire a enfilé ses charentaises.
Que Win Butler se prenne pour Elvis Costello et Régine Chassagne pour Jean-Sébastien Bach, grand bien leur fasse. Mais qu'ils ne sortent pas le miroir aux alouettes en laissant entendre que leur nouvel album sera un masterpiece du pop-rock indépendant.
Y a-t-il quelque chose à sauver du naufrage ? Excellente question, merci de l'avoir posée... Entre No Cars Go, qui ressemble à s'y méprendre à un morceau de U2 des plus consensuels (c'est vous dire l'inventivité...), trois machins qui provoquent un triple encéphalogramme plat et deux morceaux où Arcade Fire se répète voire s'auto-parodie, il n'y a guère que la pièce Intervention qui sorte un tant soit peu du lot. Et encore, grâce à l'utilisation de trucs assez peu discrets (ah, ces trois petites notes récurrentes...) ; ce morceau aurait à l'évidence mérité une maturation en studio de quelques semaines supplémentaires.Band émasculée, devenue objet marketing sacrifié sur l'autel du "groupe culte", Arcade Fire n'est plus que l'ombre de lui-même.
Le groupe en aurait-il pris conscience ? En effet, la série de cinq concerts donnés cette semaine à la salle de la Fédération Ukrainienne, à Montréal, ne comprend qu'une petite minorité de nouveaux morceaux. Après tout, pourquoi prendre des risques, quand on joue sold out et que les places se négocient à 300 $ au marché noir (alors qu'il reste des places à 25 $ au guichet, soigneusement occultées et mises en vente au dernier moment…)?
Tout récemment, dans le quotidien montréalais La Presse, le chroniqueur Alexandre Vigneault donnait les clés pour faire d'une band un groupe culte, en prenant l'exemple de Arcade Fire. Après écoute de leur nouvel opus, cet article s'avère fichtrement bien vu.
Force est de constater, avec amertume, que l'expression s'endormir sur ses lauriers n'aura jamais été aussi adéquatement employée.
Mais je ne voudrais pas vous laisser sur cette fausse note. Je préfère me souvenir de Arcade Fire au temps de sa splendeur (c'est à dire... l'année dernière), dans un de ces moments magiques de l'histoire du rock, à savoir le susmentionné Wake Up, interprété par le groupe autour de David Bowie et sa voie miraculeuse. Si ça ne vous donne pas des frissons, c'est que vous êtes mort...
- Björk 8 ans après tout le monde
- Kate Bush 13 ans après son premier album
- le Genesis de Peter Gabriel en 1987 (12 ans après qu'il a quitté le groupe)
- David Bowie en 1993 (soit 22 ans après Space Oddity)
- et (record absolu) Magma en 2005 (35 ans de retard !)
Je viens toutefois de faire drastiquement baisser ma moyenne. J'ai en effet découvert hier un groupe qui a fait une remarquable entrée sur la scène rock indépendant il y a seulement 2 ans et demi...Les responsables de ce bouleversement statistique sont Arcade Fire, et leur second album, Funeral.
Mais par quel miracle n'ai-je mis que deux ans et demi à découvrir cet album formidable ? Il y a deux jours, écoutant la radio d'une oreille distraite, j'entends :
Nouvel album... Arcade Fire... Précédent album "Funeral"... magnifique... David Bowie adore.
Alors là, je tombe en arrêt. Déjà parce qu'on ne dit pas David Bowie mais Môssieu David Bowie. Ensuite parce que si ce génie du rock s'est penché sur Arcade Fire, il y a anguille sous roche. Certes, il y a quelques années, Bowie se disait fan des Négresses Vertes, et ce n'était vraiment pas mon cas ! Mais bon, deuxième chance. Et là... Bingo !
Je pourrais vous dire que les mélodies sont excellentes, que les arrangements sont grandioses et que les musiciens sont prodigieux. Mais étant donné que je suis incapable de distinguer un ré d'un mi, je ne suis pas sûr que ce soit particulièrement convaincant.
Je me contenterai donc de dire que j'adore et de vous en faire écouter un extrait :
Le dernier album du groupe vient de paraître. Mais cette fois, je ne vais pas attendre.
Ultime détail : comme si ça n'était pas assez cocasse d'inventer l'eau tiède, je me suis payé le luxe de découvrir après écoute que Arcade Fire est un groupe... montréalais !
Ah, la culture musicale, pas de doute, c'est vraiment mon truc !
